LERM INFOS n° 22 :
" Le Patrimoine produit du Développement Durable "

Décembre 2011 - LERM INFOS n°22 - Lettre d'information technique et scientifique sur les matériaux - Parution quadrimestrielle gratuite

 

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SOMMAIRE
LERM INFOS n° 22

1. Le patrimoine vernaculaire:
1.1 Les leçons du patrimoine vernaculaire

1.2 La Charte du patrimoine bâti vernaculaire


2. Le patrimoine bâti, du matériau et… de l’immatériel
Transmission et conservation du patrimoine

3. Entretiens
Patrice Morot Sir, Directeur de l’Ecole d’Avignon.

Bouzid Sabeg,
directeur du Patrimoine de la Ville d'Arles.

Christophe Eschlimann, atelier de conservation et restauration.

Jacques Fabbri, Architecte du patrimoine.

4. Une étude :
Diagnostic des polychromies des plafonds en bois de la Médersa attarine à Fès au Maroc

5. PORTRAIT : Isabelle Moulin
Ingénieure d'études déchets & Matériaux, Responsable Département ENVIRONNEMENT

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Editorial

Dans une précédente Lettre d’information,  Construire durable, 2008, nous présentions le concept de développement durable, celui d’éco-conception et les méthodes d’analyse du cycle de vie. Nous disions alors que la durabilité, dans sa double dimension de temporalité et de soutenabilité, était la profession de foi de l’ensemble des acteurs investis dans le fait de bâtir. Nous présentions la durabilité des matériaux et des structures comme un projet.

Le LERM est également un acteur de la connaissance, de l’entretien et de la réhabilitation du patrimoine bâti et, à ce titre, nous souhaitons présenter aujourd’hui la durabilité comme un legs, une leçon de conceptions et de techniques qui ont su durer avant d’être appelées « durables », et également comme une ressource pour les projets de développement qui souhaitent s’enraciner dans les histoires et les cultures locales.

Dans ce numéro, nous questionnerons donc la notion même de patrimoine. Nous verrons comment les réflexions contemporaines sur l’éco-conception rencontrent les pratiques constructives traditionnelles et vernaculaires.
Nous nous entretiendrons également avec des acteurs du patrimoine bâti : avec Patrice Morot-Sire, Directeur de l’Ecole d’Avignon, nous verrons, comment peuvent s’articuler la cohérence du bâti traditionnel avec les exigences de réhabilitations réussies ; avec Bouzid Sabeg, Directeur du Patrimoine de la Ville d’Arles, nous tâcherons de saisir comment s’articulent les nécessités de la conservation du patrimoine et celles du développement touristique. Enfin, avec Jacques Fabbri, Architecte du Patrimoine, nous verrons de près les multiples contraintes auxquelles il est confronté dans le cadre d'un chantier de réhabilitation ambitieux : le haras national de Strasbourg.

Comme d’habitude, nous entrainerons nos lecteurs, dans l’histoire d’une belle étude qui a été confiée au LERM, et celle-ci concernera bien sûr la conservation d’un patrimoine bâti.

Bonne lecture…

 

Très cordialement,

 

Bernard QUENEE et Gilles MARTINET - Directeurs Généraux du LERM.

 

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1. Le Patrimoine vernaculaire*.

* Propre à un pays ou une population.

 

1.1 : Les leçons du patrimoine vernaculaire

L'architecture traditionnelle est étonnamment diverse. Elle est nécessairement originale parce qu’elle naît du sol même et des ressources de la région où elle se développe, tout en s’adaptant à l’ensemble de ses contraintes. Erigée au carrefour de la nature et de la culture, l’architecture traditionnelle semble être l’expression culturelle naturelle de son environnement. Elle est selon l’expression de Philippe Guillou « une véritable frontière de géographie humaine » (Cultures et habitats. Douze contributions à une ethnologie de la maison, L’Harmattan, 1999).
Cette culture n’est pas seulement une culture de la forme, c’est également une culture de la fonction, des moyens et de l’art. L’architecture vernaculaire est donc « une science du concret » (Levi Strauss, La pensée sauvage ) et une science du complexe, dont les savants sont des générations d’artisans anonymes et silencieux. Mais leurs réalisations parlent pour eux, et ceux que le concept de développement durable intéresse peuvent méditer utilement leurs témoignages bâtis.

Par définition, presque, le bâti vernaculaire est durable… sinon, il ne nous serait pas parvenu. Mais s’il est durable au sens de la longévité, il l’est également au sens de la soutenabilité car il est fondé sur une économie de moyens compatible avec un développement local équilibré (circuit court) et sur une mise en œuvre solidaire : ce sont le climat et les ressources locales qui dictent les formes, les techniques et les matériaux : bois, végétaux, terre ou terre cuite, pierre, ardoises, lauzes, le choix s’effectue ou s’impose, en fonction de la géologie et du climat.

Au-delà de cette constatation sur les matériaux, les recherches actuellement menées sur la construction écologique et bioclimatique montrent à quel point le bâti vernaculaire est élaboré si, précisément, on le place dans une logique de développement durable :
- le bâti vernaculaire gère l’humidité,
- ses matériaux constitutifs sont perméables à l’eau (liquide ou vapeur),
- il est ventilé,
- il présente généralement une bonne inertie thermique,
- il est isolé,
- sa maçonnerie ou ses techniques d’assemblages sont souples et supportent les déformations,
- enfin ses matériaux sont recyclables ou biodégradables.

Bref, les recherches qu’impose aujourd’hui la problématique de la maîtrise du développement apprennent au patrimoine vernaculaire ce qu’il sait et ce qu’il est depuis toujours : écoresponsable.

 

 

 

1.2 : La charte du patrimoine bâti vernaculaire

La Charte du patrimoine bâti vernaculaire a été ratifiée par la 12e Assemblée Générale de ICOMOS, au Mexique, en octobre 1999. Cette charte complète celle de Venise sur le patrimoine bâti rédigée en 1964.
La Charte du patrimoine bâti vernaculaire témoigne de la formidable extension de la notion de patrimoine, qui, concernant le bâti, a longtemps été cantonné aux monuments historiques. Des éléments du quotidien et de la vie ordinaire sont aujourd’hui perçus et traités comme des éléments du patrimoine. Cette patrimonialisation des édifices, des objets, des paysages et des espaces est sans doute de plain pied avec la logique du développement durable qui vise autant à faire durer les réalisations qu’à articuler le présent de la société avec son passé et son avenir dans une perspective de transmission et d’économie des moyens.

L’intérêt de cette charte, outre la définition qu’elle donne du patrimoine vernaculaire et les recommandations qu’elle fournit pour sa conservation, tient au fait que, sans jamais y faire référence, elles s’inscrit, par son objet même, dans les perspectives du développement durable, à l’époque même ou commençaient d’ailleurs à se développer dans certaines villes d’Europe des éco-quartiers expérimentaux.

Ainsi, à propos du patrimoine bâti vernaculaire, la charte précise :
- qu’il s’agit d’un mode de construction partagé par la communauté,
- que la construction présente un caractère local répondant aux contraintes et aux ressources de l’environnement,
- que son style est cohérent,
- qu’elle repose sur une expertise et des techniques efficaces transmises de façon informelle,
- que ce patrimoine bâti s’insère dans un réseau de sens culturel qui est lui-même un patrimoine,
- enfin que les conceptions, les techniques et les savoirs faire qui ont présidé à l’érection de ce bâti sont eux-mêmes des éléments patrimoniaux qu’il importe de sauvegarder et de transmettre.

Si l’on admet communément que les trois piliers du développement durable sont le développement économique soutenable, l’équité et la solidarité sociales, et la préservation de l’environnement, alors, comme Monsieur Jourdain parle en prose sans le savoir, le patrimoine vernaculaire nous parle, simplement en existant, du développement durable.

Accéder à la Charte du patrimoine bâti vernaculaire : http://www.international.icomos.org/charters/vernacular_f.htm

 

 

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2. Le patrimoine bâti, du matériau et… de l’immatériel.


 

Comment léguer ce dont nous héritons ?
Patrimoine bâti et développement durable ont en commun la notion de « patrimoine » qu’il s’agit de transmettre dans le cadre d’une solidarité intergénérationnelle. C’est cette transmission qui articule le présent de la société à la fois sur son passé et son avenir.
Le mot anglais heritage signifie peut être mieux que le mot patrimoine français que le bien en question, s’il est un leg du passé, il est aussi  une provision pour l’avenir. C’est en ce sens que John Ruskin, en 1849, dans les Sept lampes de l’architecture, pour définir la conservation des monuments contre la « restauration – recréation » prônée par Viollet Leduc écrit :
« La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent en partie à ceux qui les ont construits, en partie à toutes les générations d’hommes qui viendront après nous »


Du matériau et… de l’immatériel
Mais la question se pose de savoir ce que l’on transmet lorsque l’on transmet un patrimoine bâti.
Cette question a occupé les historiens de l’art et les théoriciens de la conservation depuis la fin du 19e siècle ; elle les occupe encore. Ce détour un peu théorique n’est nullement superflu si l’on admet que l’approche culturelle des bâtiments à conserver est réellement nécessaire : c’est en fonction de cette approche qu’on définira le champ dans lequel se poseront les questions techniques, et ce sont les valeurs qui sous-tendent les réponses qui jugeront de la pertinence des solutions pratiques à mettre en oeuvre.

On admet généralement, aujourd’hui, que transmettre un patrimoine bâti, c’est transmettre un édifice matériel qui est porteur d’une valeur esthétique et d’une signification historique. Pour le transmettre, il convient, bien sûr de le conserver et de le restaurer, si nécessaire. Compte tenu de la double dimension matérielle et intellectuelle des œuvres d’art, toute restauration est donc une opération complexe… qui explique son histoire théorique mouvementée.

Caesare Brandini écrit, dans sa Théorie de la restauration, en 1963 « La restauration est ce moment méthodologique de reconnaissance de l’oeuvre d’art dans sa matérialité physique et dans sa polarité esthétique et historique, en vue de sa transmission au futur…On ne restaure que la matérialité de l’œuvre d’art, mais la restauration devrait viser le rétablissement de l’unité de l’œuvre, si possible sans commettre de faute artistique ou historique et sans masquer aucune trace du passage de l’œuvre dans le temps »

Où il est question de science et de technique…
La conservation et restaurations patrimoniales peuvent être puissamment aidées, aujourd’hui, par le laboratoire scientifique.
En effet, les technologies modernes et l’approche scientifique permettent aujourd’hui une connaissance précise du comportement des édifices et des matériaux ; elles autorisent des diagnostics de leurs pathologies et de leurs évolutions ; elles contribuent au développement de méthodes et de produits qui permettent la protection et la consolidation raisonnées des matériaux et des structures.
Ceci, lié à une documentation sérieuse de l’édifice, autorise une restauration a minima et durable du patrimoine bâti qui peut ainsi être transmis dans un état matériel qui ne dénature pas (trop) son esprit.


L’exemple de la conservation préventive de la pierre ou le progrès au secours du passé
La pratique de la conservation préventive est relativement récente. Jusqu’à une époque récente, les pierres ou les sculptures endommagées étaient réparées ou consolidées par des moyens assez intrusifs. On fixait des gougeons de fer, on mettait des agrafes qui les défiguraient et qui pouvaient conduire à des endommagements plus sérieux encore du fait de la corrosion par exemple.

On remplissait des vides par du plâtre, du ciment Portland, des résines variées, autant de produits qui n’étaient pas toujours adaptés à la conservation de leur support. Les nettoyages pouvaient être agressifs. Ils pouvaient éroder le calcin, porter atteinte à la couleur d’origine, ils pouvaient même produire ou mobiliser des sels solubles qui finissaient par cristalliser...

Les substitutions de pierre ou de mortier, enfin, pouvaient s’effectuer sans souci de la compatibilité avec le matériau d’origine, ce qui non seulement pouvait nuire à l’apparence de l’édifice ou de l’objet considéré, mais encore provoquer d’importants désordres à moyen terme.

 

Voir nos précédents articles sur ce sujet :

- Problèmes et méthodes de la substitution de la pierre sur les chantiers de restauration.
http://www.lerm.fr/lerm/Newsletter/Newsletter15/lerm_Newsletter15_substitution.html
- La substitution aveugle germe de désordres pour l’avenir : l’exemple de la substitution au 19e siècle.
http://www.lerm.fr/lerm/Newsletter/Newsletter15/lerm_Newsletter15_aveugle.html

Au progrès de la connaissance intime de la pierre, est aujourd’hui aussi associée la prise en compte de son environnement (pour les pierres : la pollution atmosphérique, l’humidité et les transports d’eau, l’importance des sels solubles, les conditions climatiques : cycles de gel-dégel, érosion éolienne).
Cette vue d’ensemble de la problématique du matériau, permet de travailler à une conservation durable du patrimoine, qui, si elle répond à la question comment lègue-t-on le patrimoine, laisse ouverte cette autre question, pourquoi le lègue-t-on ?


 

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3. Entretiens

- Entretien avec Patrice Morot Sir, Directeur de l’Ecole d’Avignon, centre de formation à la réhabilitation du patrimoine architectural.
- Entretien avec Bouzid Sabeg, directeur du Patrimoine de la Ville d'Arles.
- Entretien avec Christophe Eschlimann, atelier de conservation-restauration.
- Entretien avec Jacques Fabbri, Architecte du Patrimoine

 

 

Entretien avec Patrice Morot Sir, Directeur de l’Ecole d’Avignon, centre de formation à la réhabilitation du patrimoine architectural.

LERM : Pouvez-vous nous présenter l’Ecole d’Avignon ?
P.M.S :" L’Ecole d’Avignon est un centre de ressources sur le bâti ancien. Elle propose des formations de perfectionnement, une formation diplômante ( Peintre en Décor du Patrimoine au niveau III), et des services d’expertise et de conseils sur les questions patrimoniales.Formation et conseils se déploient en France et à l’étranger, pourtour de la Méditerranée et au-delà. Les enseignants sont tous des experts de leur domaine ; cela garantit non seulement la qualité de l’enseignement mais aussi son adéquation avec les évolutions techniques et doctrinales".

 

 

Quels types de formations dispensez-vous ?
"Les formations de perfectionnement sont des stages courts, proposés à Avignon mais aussi dans des sessions sur place qui répondent à des besoins ou à des problématiques locales. Ces stages abordent de nombreuses techniques de réhabilitation : la maçonnerie, les enduits, la menuiserie, la peinture en décor, la ferronnerie... Les stagiaires, au nombre d’environ 500 par an, viennent d’horizons très
variés : artisans, particuliers, personnels des services territoriaux de l’architecture et du patrimoine (STAP : architectes et techniciens
des Bâtiments de France, ingénieurs des DRAC et des collectivités locales…).

La formation de peintre en décor du patrimoine est homologuée par l'Etat au niveau 3. Il s’agit d’une formation de 840 heures en alternance. La formation apporte des connaissances théoriques et historiques sur le bâti, elle aborde l’histoire de l’art et des techniques, de l'évolution des décors et des styles, mais aussi la pratique des techniques traditionnelles".

 

Les réflexions contemporaines sur le développement durable font redécouvrir le bâti ancien comme précurseur de ce concept. Pouvez-vous tenter de nous dire pourquoi ?
"Une évidence s’impose d’abord : le bâti ancien a duré avant d’être dit durable. Sa durabilité n’est donc pas un projet, mais une expérience empirique continue dans le temps, nous y reviendrons. Le bâti ancien est également emblématique du développement durable, dans la mesure où ses principes de construction répondent, par avance, pour ainsi dire, à une logique d’économie maîtrisée.
D’abord, on construit local : on ne transporte pas les matériaux pondéreux ; on met en œuvre, sur place, les ressources locales. C’est ce qui fait la grande diversité du bâti ancien : en quelques kilomètres, les matériaux et les techniques changent puisqu’elles sont fonction des ressources du sol et du sous-sol. Ensuite, on applique, dès la conception, les principes qu’on appelle aujourd’hui bio-climatiques : la maison et le village sont orientés en fonction de l’ensoleillement et du vent dominant.

En France, il en a été ainsi, en habitat rural, jusqu’à la fin du 19e siècle, jusqu’à la mécanisation des moyens de production et de transport. Les matières premières ont alors été produites industriellement et sont entrées dans la circulation générale des marchandises. Plus tard, encore, la croissance du pouvoir d’achat, qui autorisait un changement des modes de vie a, par exemple, donné naissance à la construction pavillonnaire. La durabilité du bâti traditionnel dépend donc certes de ses principes de conception, mais également de la possibilité de son entretien. L’habitat traditionnel rural a toujours fait l’objet d’un entretien saisonnier, souvent par ses habitants même. C’est en ce sens que je parlais de l’habitat ancien comme d’une expérience empirique continue.

Pour en revenir aux qualités intrinsèques du bâti traditionnel on peut citer la porosité à la vapeur d’eau qu’autorisent l’association de la pierre et de la chaux et l’inertie thermique qu’apporte l’épaisseur des murs. Si l’on peut prendre des leçons de l’habitat ancien, il convient cependant de ne pas le mythifier. Comme toute réalisation, il s’agit toujours d’un compromis qui a aussi ses points faibles ; je pense, par exemple au problème des remontées capillaires".

 

Les qualités et la nature même du bâti ancien ne sont-ils pas une contrainte pour les projets de réhabilitation ?
"Contrainte sans doute, mais qui sait aussi être une ressource… à condition que le projet de réhabilitation entre dans la logique, et même dans la culture du bâti qu’il prend pour objet. Ainsi, si j’isole un bâti ancien par l’extérieur, je nuis à son esthétique ; et si je l’isole par l’intérieur, je casse l’inertie thermique. Il faut trouver le compromis que dictent le matériau en œuvre et les techniques employées.
Ce qui est sûr, c’est que 20° C, toute l’année, cela ne marche pas dans ce type d’habitat. Il convient donc d’anticiper sur… des évidences : ainsi, dans nos régions méditerranéennes, où il y a des saisons chaudes et des saisons froides, on commence par ne pas habiter n’importe comment les étages, par exemple.

Ensuite, sans rentrer dans les détails d’un projet de réhabilitation, l’esprit du développement durable demanderait à ce qu’on s’inspire de ce qui est économique au regard du confort quotidien et de l’entretien régulier. De fait, la maison la plus « écologique » est celle qui est déjà là. C’est celle qui est déjà construite, qu’il faut certes réaménager en fonction de nos besoins maîtrisés, mais qu’on a intérêt à faire durer. C’est la définition même du patrimoine".

 

Vous nous dites là que le bâti ancien, s’il impose ses règles au projet de réhabilitation, en impose également au simple fait d’habiter ?
"Oui, la première règle d’une réhabilitation est d’être un projet cohérent pour un bâti particulier et original. Un projet de cet ordre part de ce qui est, de l’étude et de la reconnaissance de ce qui existe. Il n’y a donc pas de projet pour un bâti, sans mémoire de ce bâti.
Quant au fait d’habiter, de toutes façons, être sensible à la thématique du développement durable, c’est, par avance, faire le choix de ne pas vivre n’importe comment. Habiter le bâti ancien, oui, c’est sans doute apprendre à vivre en symbiose avec une maison particulière, dans un environnement spécifique, et c’est aussi se rendre sensible à la valeur de ce que l’on habite : valeur esthétique, culturelle, technique…

Il me semble d’ailleurs que cette sensibilité et la connaissance du bâti ancien sont les clés de réhabilitations réussies et durables.
En effet, si l’on considère les secteurs sauvegardés, les ZPPAUP (zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager) et les périmètres des monuments historiques, peu de centres anciens échappent à une réglementation. Une cadre légal, voire même une certaine coercition existent donc bien… mais le premier levier, c’est la prise de conscience et la connaissance de la valeur du bâti ancien. La question, face aux solutions standard et souvent inadéquates que propose le commerce, c’est d’organiser une offre de conseil et d’accompagnement efficaces de la démarche d’habiter l’ancien, d’organiser le nécessaire projet et d’y mettre de l’intelligence et de la sensibilité".

 

 

Le site de l’Ecole d’Avignon :
http://www.ecole-avignon.com/

 

 

 

 

Entretien avec Bouzid Sabeg

Directeur du Patrimoine de la Ville d’Arles

 

Entretien avec Bouzid Sabeg, directeur du Patrimoine de la Ville d’Arles.

Pouvez-vous nous présenter brièvement le patrimoine bâti arlésien ?
B.S :" Exercice difficile que d’être bref sur ce sujet !.. Disons que la ville d’Arles est dotée d’un patrimoine bâti exceptionnel qui s’enracine dans l’antiquité romaine. Depuis, chaque période a laissé des vestiges ou des édifices remarquables. Une centaine de monuments, environ, y sont protégés. Depuis le milieu du 19e siècle, la valeur historique de la ville a suscité un important intérêt : une douzaine de monuments sont déjà classés sur la liste de 1840 dressée par Prosper Mérimée".

 

Comment s’articulent, dans une ville comme Arles, les exigences de la conservation patrimoine et celles du développement ?
"Dès l’époque même de Mérimée, un certain nombre de monuments ont été dégagés, restaurés et mis en valeur. Ces travaux sont entrepris principalement dans un esprit de responsabilité à l’égard du patrimoine qu’il s’agit d’entretenir pour le transmettre. Dès la fin du 19e siècle et le début du 20e pourtant, ce culte désintéressé du patrimoine devient un argument pour le tourisme naissant. En effet, les informations touristiques suggèrent au touriste qui visite Rome et Athènes de commencer par s’arrêter à Arles pour préfigurer son voyage…
Mais, à cette époque, la ville se développe sur un mode industriel en accueillant les ateliers SNCF (le train détrônera d’ailleurs l’importante activité portuaire de la ville), les constructions navales de Barriol, puis des cartonneries, etc… Ce mode de développement nous mène jusqu’aux années 1980 à partir desquelles fermeront, un à un, les établissements industriels d’Arles. La perte de plus de 6000 emplois est un coup dur pour la population et pour les recettes de la ville. C’est donc à ce moment que le tourisme est perçu comme un levier majeur de développement".

 

Comment s’effectue ce virage ?
"Par une prise de conscience des atouts de la ville : ses atouts sont sa situation géographique et ses patrimoines naturels et culturels : la mer, les plages et la Camargue pour les uns, le patrimoine bâti pour les autres. L’entretien du patrimoine, toujours nécessaire, n’est plus alors perçu comme une charge, mais comme un investissement qu’il convient de planifier, mais également de valoriser.
C’est d’ailleurs le moment où le Ministère de la Culture charge les DRAC, qui sont maîtres d’ouvrage des monuments classés, de faire un état des lieux du patrimoine bâti afin d’évaluer les besoins par régions, par départements et par villes. L’enquête révèle qu'en PACA les besoins sont parmi les plus lourds.
Les seuls monuments classés de la ville d’Arles représentent 15% des besoins de Provence-Alpes-Côte d’Azur et 40% des besoins des Bouches-du-Rhône. L’amphithéâtre, à lui seul, pèse pour 6% des besoins de PACA.
L’investissement dont je parlais n’est donc pas une figure de style ! Le plan patrimonial antique d’Arles a donc été financé par l’Etat et les différentes collectivités locales à 95 %. Pour la seule ville d’Arles, en 10 ans, l’intervention sur le patrimoine bâti est passée de 1 à 30% du budget d’investissement.

Si l’investissement est incontournable pour faire du patrimoine un ressort du développement, il ne suffit pas. Il convient également que le projet de développement s’inscrive dans une perspective globale cohérente. Cette perspective est fournie dans le cadre d’une politique transversale qui associe le tourisme, le patrimoine, l’urbanisme, la circulation et, plus largement la formation et l’éducation.

Enfin, une conversion de l’ensemble des mentalités a du s’accomplir : à l’époque où les arlésiens pensaient que les touristes devaient mériter la ville et leur visite a succédé l’époque où la ville et de nombreux arlésiens se demandent comment ils peuvent mériter la visite des touristes…".



Vous avez parlé de valorisation du patrimoine, pouvez-vous revenir sur cette perspective ?

"Oui, le patrimoine est une véritable ressource. Le patrimoine entretenu et réhabilité est une ressource plus grande encore, mais exactement comme une matière première, elle doit être mise en valeur par des actions et propositions concertées que sont l’amélioration de la qualité de l’accueil, l’amélioration de la qualité de l’intérêt de la visite, l’optimisation de la communication…".

 

Quels sont les outils de cette valorisation ?
"Les outils sont nombreux. L’amélioration matérielle de l’accueil est essentielle : communication, signalisation des sites, accessibilité, création de lieux d’accès, de toilettes et commodités. L’amélioration de l’offre, passe par une réflexion stratégique sur la billetterie. A Arles, le choix a été fait de la garder en régie publique ; elle garantit une tarification basse et équilibrée, au sens où nous offrons en fait des bouquets de visites incluant des musées, qui donnent un sens au passage des touristes en centre ville. L’objectif ici, n’est pas la rentabilité stricto sensu, car la visite n’est qu’un moment de la valorisation de l’investissement. Elle s’inscrit dans un cadre plus général qui comprend la restauration, l’hébergement, les achats divers, les activités de loisirs…

A un accueil de qualité et à la valorisation des sites doit se joindre, selon nous, également une animation des sites, dont il s’agit de renforcer l’attractivité. Nous avons ainsi développé, avec différents partenaires, des offres de spectacles gratuits dans certains sites pendant l’été, par exemple sur les olympiades et les combats de gladiateurs, alternativement au théâtre et à l’amphithéâtre ; nous proposons également des spectacles musicaux orientés sur la période médiévale au cloître Saint-Trophime et aux Alyscamps.

Hors saison, pendant l’automne et le printemps, ces animations restent disponibles à la demande des groupes que nous destinent les voyagistes ou des publics scolaires. Depuis la mise en place de ce plan de valorisation, nous avons enregistré une augmentation remarquable des recettes et du nombre de visiteurs".

 

Avez-vous pu chiffrer les retombées de l’ensemble de cette démarche ?
"La Ville et le Service du Patrimoine ont commandé une étude sur les retombées économiques et sociales du patrimoine (2007-2008) qui vient d’être rendue publique. Ses conclusions sont nettes : non seulement les recettes issues de l’exploitation des sites patrimoniaux couvrent les investissements consentis par les différentes collectivités, mais aujourd’hui, 1/4 des emplois sont liés au patrimoine. Un emploi direct dans le patrimoine génère huit emplois induits. De même, 1 euro investit dans le patrimoine génère 22 euros de retombées économiques. Bref, loin d’être une charge, le patrimoine est aujourd’hui un levier de développement pour la ville".

 

Dernier point, Arles, n’est pas un musée, c’est une ville vivante, variée, diversement habitée, comment s’articulent entre eux les grands sites patrimoniaux et l’habitat quotidien ?
"Nous fêtons cette année les 30 ans d’inscription de la ville au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette inscription qui est un formidable atout crée également l’obligation de la gestion de l’ensemble du site. La convention de 1972 impose un plan de gestion du site qui se décline sur les règlements nationaux en vigueur dans lesquels nous retrouvons le dispositif des monuments historiques classés, protégés, les périmètres protégés, les zones tampons, etc… L’ensemble de la ville fait donc l’objet d’une stratégie d’entretien et de valorisation à moyen et long terme.

Enfin, puisque vous abordez la question des habitants, c’est important, l’ensemble du travail mené sur le patrimoine bâti, loin de transformer la ville en musée matériel, resserre les possibilités d’appropriation du territoire et des lieux par les habitants, tisse un sentiment d’appartenance et d’identité qui sont essentiels pour que la ville reste profondément vivante, vécue et authentique".

 

 

Entretien avec Christophe Eschlimann

Responsable de l'atelier de conservation-restauration de peintures murales et de dorures

L’entreprise Eschlimann est un atelier de conservation-restauration de peintures murales et de dorures. Elle est active depuis plus d’un siècle et travaille dans les monuments historiques partout en France. Confrontée à l’élimination de déchets à risques, elle a  mis au point un protocole de collecte, de tri et d’élimination exemplaire.

Vous avez adopté un protocole de récupération et d’élimination des déchets produits sur vos chantiers. De quels types de déchets s’agit-il ?
C.E : "Nous travaillons à la restauration de peintures murales et de dorures, principalement. Les déchets que nous produisons proviennent d’abord du décapage que nous effectuons sur les décors. Lorsque nous travaillons sur des mortiers de chaux et des badigeons, nos déchets sont des déchets inertes, de catégorie 3, dont l’élimination ne pose pas de problème.
Mais si nous travaillons sur des peintures de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle, nous avons à faire à des peintures au plomb qui sont très toxiques. Enfin nos déchets proviennent également des solvants que nous employons ainsi que de leurs emballages ou des récipients dans lesquels nous effectuons des mélanges. Nous avons alors à faire à des déchets à risque de catégorie 1".

 

Quelle démarche avez-vous adoptée ?
"Le gros du travail a été d’identifier précisément les catégories auxquelles appartiennent nos différents déchets. Ensuite nous avons mis au point un système de récupération : les déchets récupérés sur les sites de chantiers sont rapatriés dans notre ateliers où deux ou trois personnes formées et averties les trient et les stockent en containeurs appropriés qu’ un prestataire de service récupère pour les éliminer.
Nous avons fait ce choix, car nos chantiers étant disséminés sur toute la France et les quantités produites étant très inégales, il est plus simple et plus sûr de centraliser le tri".

 

Cela implique-t-il une organisation particulière des chantiers ?
"Il convient que nos collaborateurs connaissent le protocole à appliquer tant pour la collecte, que l’acheminement des déchets. Pour les chantiers particulièrement exposés, les choses peuvent se complexifier. Ainsi, par exemple, lors du décapage au dichlorométhane des baies du Palais de Chaillot, dont les peintures étaient au plomb, nous avons dû travailler en atmosphère ventilée, porter masques, lunettes, gants, combinaisons, chaussons dont il fallait se débarrasser dans un sas que nous avions installé dans un enclos de chantier cloisonné".

 

Qu’est ce qui motive votre démarche ?
"La première motivation, c’est évidemment le souci de la sécurité et de la santé de nos collaborateurs. Ce souci rencontre d’ailleurs une obligation règlementaire, qui, puisqu’elle a un coût, n’est pas toujours unanimement respectée… Le respect de l’environnement nous motive également et cette motivation si elle s’applique à l’élimination correcte de nos déchets se décline également par la réduction de notre parc de véhicules (aujourd’hui, 80% de nos déplacements s’effectuent par le train) où par l’installation sur les toits de nos ateliers de 230 m2 de panneaux photovoltaïques".

 

Faire connaissance avec l’atelier de conservation-restauration :
http://www.eschlimann.fr/

 

 

 

Entretien avec Jacques Fabbri, Architecte du patrimoine


 

Monsieur Fabbri  vous êtes en charge du projet de réhabilitation du Haras national de Strasbourg, pouvez-vous nous présenter ce projet ?
J.F : "Le haras est un ensemble qui date du 18 siècle. Ses éléments ont été classés monuments historiques en 1922 et 1987. Ils s’étendent sur environ 2600 m2 sur d’anciennes fortifications et comprennent le corps de logis de l’écuyer, les logements des palefreniers, des écuries et un grand manège couvert d’une portée de 16 m sur 34 m. Ils sont la propriété de la Ville de Strasbourg.
Ce haras se trouve en face de l’hôpital civil. Au sein de cet hôpital le Professeur Marescaux a fondé en 1994 l’IRACD, l’Institut de recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif, qui comprend à la fois un centre de recherche sur le cancer et la mise au point d’outils chirurgicaux et un centre de formation à la chirurgie mini-invasive.

Ces deux activités sont en forte croissance et le centre de formation accueille par an plus de 3700 chirurgiens qui viennent du monde entier. Compte tenu des difficultés d’hébergement qu’impliquent périodiquement à Strasbourg les réunions du Conseil de l’Europe et du Parlement européen, l‘IRCAD a obtenu de la municipalité la possibilité de reconvertir le haras pour ses besoins dans le cadre d’un bail amphytéotique. Le programme de réhabilitation du haras comprend donc l’installation d’un bio-cluster médico-chirurgical, un hôtel et une brasserie.
Ce projet a été confié à l’atelier d’architecture Claude Denu et Christian Paradon à Strasbourg. Ces confrères m’ont demandé de les accompagner dans cette tâche stimulante".

 

Ce programme est-il adapté au site patrimonial qui doit l’accueillir ?
"C’est tout l’enjeu de mon travail que de mettre en adéquation un programme moderne et exigeant avec des bâtiments qui n’ont pas changé depuis le 17e siècle. Il s’agira donc d’un changement profond de la nature des lieux. Evidemment, transformer un haras du 17e siècle en cluster technologique et en restaurant n’est sans doute pas le programme le plus compatible avec la mémoire du lieu, mais c’est la condition même de la survie de notre patrimoine bâti que de trouver une réutilisation viable. Dans ce contexte, le travail de conception se focalise essentiellement sur les notions de réversibilité.

Notre projet a été suivi par les responsables de la DRAC, mais aussi par les inspecteurs généraux des Monuments Historiques au Ministère de la Culture. Toutes ces compétences nous ont amenés à modifier et à améliorer notre projet dans un souci permanent de qualification  et de préservation de la mémoire du bâti.
Après plusieurs rencontres, une connivence et une bonne synergie se sont tissées entre le Professeur Marescaux et Simon Piéchaud, Directeur du Patrimoine à la DRAC. D’un côté parce que l’occupation de ce site est une opportunité pour le développement des activités de l’IRCAD, de l’autre côté parce que ce programme finance une réhabilitation qui permet de prévenir la dégradation de l’ouvrage. Cette connivence n’est pas que d’opportunité car M. Marescaux est lui-même très sensible à la problématique du patrimoine".

 

Quels sont les problèmes techniques auxquels vous vous trouvez confronté ?
"Entre autres problématiques, le sol de la grande écurie est pavé et le pavement doit être conservé. Nous faisons donc le choix d’une sorte de hérissonnage, c'est-à-dire d’une couverture de graves surmontée d’un dallage, le tout devant être respirant pour ne pas causer la dégradation du pavement. Nous avons demandé au LERM de nous faire des préconisations en la matière et de vérifier si nos propositions ne risquaient pas de nuire au pavement.

Ensuite, nous sommes confrontés, compte tenu de la proximité de la nappe phréatique et de plus de deux siècles d’urine de chevaux, à des remontées d’eau et d’ammoniaque qui posent un double problème d’hygiène et de transferts dans les maçonneries et les mortiers, notamment du restaurant et de la salle du déjeuner de l’hôtel. Les caractérisations et le diagnostic confiés au LERM nous indiquent que ces transferts sont vecteurs de sels d’ammoniaque dont la cristallisation altère les enduits de parement. Il est à craindre que le chauffage à venir des ces lieux accentue ce phénomène. Dans la perspective du maintien des mortiers et badigeons de chaux que souhaite la DRAC, nous attendons du LERM des préconisations sur une qualité adéquate des enduits et sur la possibilité de réduire ces transferts.

Pour ce qui concerne le manège où doit s’installer le centre technique, nous connaissons cette même problématique du badigeon de chaux. Le chauffage par soufflerie ne devant transporter aucune poussière, nous devrons travailler, toujours avec le LERM, à sa fixation.

Enfin, dernier point concernant les enduits, certains murs sont couverts d’un enduit jeté au balai datant  du 17e siècle, technique rarement utilisée dans cette région. Nous sommes donc dans l’obligation de les conserver au maximum ou de les restaurer. Ici encore, nous avons demandé au LERM de diagnostiquer ces enduits et de nous aider à définir un protocole de nettoyage sur les parties saines, de conservation sur les parties décollées, et une analyse de la composition pour restaurer les parties désagrégées".

 

La conversion d’un monument historique est-elle pour vous un atout ou une contrainte ?
"Je répondrai que les contraintes sont précisément des atouts : dans ce contexte nous sommes un peu comme un mathématicien qui n’avance qu’en se posant des problèmes à résoudre. Ce que le grand public perçoit comme des contraintes est pour moi une véritable stimulation, car je sais que l’objectif des institutions du patrimoine est de requalifier au mieux une construction qui souvent, a été défigurée au fil du temps par des aménagements inappropriés. 

Ainsi en ré-ouvrant des arcades obturées, l’édifice retrouve une composition et une harmonie originelle qui s’inscrit dans l’esprit du lieu et dans la modernité. De la même façon, revenir aux badigeons, souligner les modénatures, c’est aussi gommer l’absence d’entretien et les peintures horribles qui sont le leg d’une occupation militaire du haras.
Si les contraintes permettent de retrouver le charme et l’originalité du bâti, alors il ne faut pas les regretter mais au contraire les rechercher ; dans cette perspective, la profonde connaissance du patrimoine dont est porteuse la DRAC est une source d’inspiration fondamentale".

 

 

 

 

 



 

Cour intérieure des Haras (atelier Denu et Paradon)
Pour en savoir plus : http://www.ircad.fr/haras/

 

 


3. L' étude du Lerm :

Diagnostic des polychromies des plafonds en bois de la Médersa attarine à Fès au Maroc
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Préconisation de solutions de nettoyage facilement accessibles localement
et respectant la sécurité des opérateurs.

 

L’étude que nous avons choisie de raconter est originale à plus d’un titre : elle traite de la caractérisation et du diagnostic de décors peints, spécialité assez peu connue du LERM. Elle concerne l’intérieur d’un édifice d’une richesse absolument étonnante. Les solutions proposées doivent être efficaces, dans le respect absolu de l’intégrité des décors. Enfin, les préconisations qu’elle formule doivent faire appel à des produits facilement accessibles au Maroc et présenter une innocuité reconnue à l’égard des opérateurs du nettoyage des décors.

La précision nécessaire du diagnostic mérite que nous suivions toutes les étapes de l’étude…
… Alors, poussons la porte de la medersa…
et laissons-nous guider par Frédérique Vouvé, l’ingénieure responsable de cette étude au LERM.

 

Le site et son histoire :
Construite au XIVeme siècle après JC, correspondant à l’an 723 de l’Hégire, le Médersa attarine est une école coranique construite sous le règne du sultan Abou Othame el Marini. La qualité de son architecture et de sa décoration illustre l’apogée de l’art mérinide.
Fès est alors capitale du royaume depuis le siècle précédent et connaît un essor remarquable, qui se traduit en particulier par de nouveaux aménagements et lieux de formation, dont la Médersa.

Un décor sculpté et peint très riche… et encrassé
Après une rénovation structurelle majeure des parties supérieures de la Médersa, les travaux se poursuivent par la restauration de la décoration intérieure, principalement localisée au rez-de-chaussée de l’édifice.

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Plafond à caissons en  étoile, la décoration est ici particulièrement bien conservée, attestant de nombreux rehauts peints

Plafond à caissons en forme de coupoles.
Détail d’une riche décoration.

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Frise et plafond à caissons, côté Est dans le patio

Frise, côté Est dans le patio, détail dans une zone a priori décapée

La décoration s’organise en plusieurs registres, zelliges en parties inférieures, gypseries au dessus et enfin bois polychrome en frise et plafond. Dans ce dernier cas, deux types sont distingués : plafond avec poutres et solives, ou bien coupole à caisson.
Le support en bois est sculpté dans du cèdre. La polychromie est omniprésente, assez bien conservée, mais généralement très encrassée et difficilement lisible. Après examen, la palette de couleur s’avère assez diversifiée, composée de blanc, jaune, orange, rouge, bleu, vert, noir. Elle rehausse la sculpture en bas-relief.

Etat du nettoyage précédemment entrepris
Cette frise avait fait l’objet d’un début de nettoyage avec un produit décapant sur environ 40% de sa surface. Les surfaces concernées révèlent, après intervention, la présence de polychromie dans les zones en creux du relief sculpté, tandis que les surfaces en bois nu restent noircies et sont localement recouvertes de résidus brillants translucides. Des résidus de salissures sont encore très présents en surface de la polychromie.
Le temps d’application du produit décapant reste indéterminé et son élimination a été effectuée avec de la paille de fer très fine et un outil, qui a laissé, ponctuellement, des traces incisées dans le bois et la matière picturale conservée.

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Salle de prière, frise en zone décapée, détail, les surfaces ne sont pas débarrassées en totalité des salissures et des marques incisées dans la matière picturale sont identifiées

 

Afin de mieux appréhender la nature des décors et leur état sous la salissure, des tests de nettoyage à la fibre de verre ont été entrepris sur plusieurs zones.  Utilisée sous forme de stylo, la fibre élimine tout résidu encrassé par une action abrasive douce exercée et appréciée par l’opérateur avec les doigts. Le résultat varie selon l’état de conservation des polychromies. S’il est satisfaisant sur les parties peintes en blanc et en bleu, désormais débarrassées de salissure, l’essai est moins probant sur le rouge et le jaune, où la cohésion de la couche picturale est fragilisée.

 

Nécessité d’une nouvelle étude préalable au nettoyage
La méthode jusqu’à présent mise en œuvre et l’usage de produits à base d’hydrocarbures fluorés n’ont pas donné de résultat satisfaisant au regard ni de la conservation des polychromie, ni de la sécurité des opérateurs. Une nouvelle approche a donc été envisagée et proposée, visant à parvenir à une meilleure conservation de la polychromie, et ce de fait à une nouvelle lecture des décors.

L’étude entreprise par le LERM vise donc à caractériser les matériaux constitutifs du décor et, en fonction des résultats, à définir des tests de nettoyage à l’issue desquels un protocole d’opération sera défini. Ce protocole doit préconiser l’usage de produits accessibles localement et sans danger pour la santé des ébénistes opérateurs du nettoyage.

 

Les analyses de laboratoire
En vue d’analyses au laboratoire, des écailles superficielles sont prélevées au bistouri en plusieurs endroits. Les analyses conduites sont les suivantes :

  • examen au microscope optique en lumière réfléchie de sections polies en vue de déterminer les caractéristiques microstructurales des couches constitutives à partir du support,
  • examen au microscope électronique à balayage couplé à l’analyse qualitative élémentaire par spectrométrie X à dispersion d’énergie des sections polies, dans le but de reconnaître les matériaux constitutifs des différentes strates, à partir de la couche support la plus profonde : charges, pigments minéraux,
  • analyse de la phase liante par pyrolyse GCMS, 
  • recherche et dosage des sels solubles, anions et alcalins sur des échantillons prélevés en zone traitées avec un produit décapant.

 

Principales étapes du protocole d’étude sur l’un des échantillons prélevés

 

Caractéristiques de l’échantillon n° 9341-2.1

Observations macro-mésoscopiques ou microscopiques sur section polie

 

Support en bois
Couche 1 : couche préparatoire grossière, renfermant des grains transparents, noirs et jaunes, désolidarisée du support, plan de décohésion au cœur de la couche.
Couches 2 et 3 : picturale blanche, de texture fine,
Couche 4 : discontinue de salissures, très mince

 

MEB
(voir annexe 2)

 

Support en bois
Couche 1 : jaune de plomb (litharge ou massicot), charge de carbonate de calcium
Couches 2 et 3 : blanc de plomb (céruse)
Couche 4 : suie, associée à des particules sableuses siliceuses, produit à base de sodium

Pyrolyse GCMS
(voir annexe 3)

 

Composés issus d’une fraction « triglycérides d’acides gras » : nombreux acides gras saturés, cétones linéaires et cycliques grasses (non intégrées).

 

 

Conclusions des analyses
L'étude en laboratoire a permis de dégager les points essentiels suivants :

  • Les polychromies sont recouvertes de salissures atmosphériques et/ou liées à l’usage des lieux. Indurées, elles sont fortement adhérentes aux décors peints. Des poussières mobiles sont également attestées dans l’entrée et sur le plafond au dessus de la rue.

  • Les décors sont globalement en assez bon état de conservation, les couches constitutives des décors présentant une bonne adhérence à leur support en bois, et une bonne tenue au traitement par décapage déjà effectué. Seuls les décors du plafond situé au dessus de la rue présentent des signes de fragilisation, manifestés par un écaillage.

  • Les produits constitutifs des décors mettent en évidence des pigments et charges utilisés traditionnellement, tels que le jaune de plomb (litharge), un jaune orangé de plomb (massicot), du blanc de plomb (céruse), une charge blanche, probablement sous forme de carbonate de calcium, un bleu à base de cuivre (azurite), du noir d’os, tout au moins pour les couleurs prélevées. Les produits minéraux mis en œuvre sont homogènes sur l’ensemble des zones considérées.

  • Il en est de même pour la plupart des prélèvements en recherche des phases liantes. En effet, une colle de peau et des acides gras saturés sont mis en évidence et associés, hormis pour les décors en fond de caissons sous la coupole, où seuls des acides gras saturés sont mis en évidence. Il s’agit donc de techniques globalement mixtes.
  • En ce qui concerne la recherche de sels solubles dans deux zones traitées avec un produit décapant, les produits révélés attestent de produits polluants exogènes, non attribuables aux constituants des décors. Les teneurs décelées sont importantes.

 

Tests de nettoyage et définition du protocole de traitement
Suite à l’ensemble des données recueillies dans le cadre de l’examen préalable des décors peints et du diagnostic des matériaux constitutifs, des techniques mises en oeuvre et de l’état de conservation des décors, des essais de nettoyage ont été entrepris en respectant un cahier des charges, qui prévoit :

  • Toute zone d’essai nécessite un éclairage zénithal et homogène.
  • Avant toute intervention, les poussières mobiles sont éliminées par un nettoyage général, à l’aide d’un aspirateur et d’un pinceau doux, de manière à éviter leur re-déposition à un autre endroit.
  • Les produits nettoyants mis en œuvre ne doivent pas comporter de composants de type soude, pouvant entraîner l’usure des décors sous-jacents aux salissures.
  • L’application des produits est envisagée selon deux modes d’application : à l’aide d’un coton, roulé autour d’un bâtonnet en bois, imbibé de produit ou sur une compresse de papier absorbant à usage domestique, dont le temps de pause sur le support à traiter reste à déterminer.
  • Une neutralisation des produits mis en œuvre sera entreprise, si le principe actif le justifie.
  • Tout moyen abrasif en terme de choix de produit ou de mise en œuvre (paille de fer, brosse métallique…), éponge est exclu.
  • Les résidus incrustés peuvent être retirés après ramollissement de la salissure avec un bâtonnet en bois frotté avec toutes les précautions requises sur la surface concernée. Un coton imbibé de produit nettoyant ou de neutralisant est finalement appliqué sur cette même surface.
  • En cas de résidus très adhérents, engageant une action ponctuelle prolongée, le nettoyage est interrompu, pour éviter tout risque d’usure de la décoration.
  • En l’occurrence, un contrôle régulier de l’état du coton utilisé pour nettoyer est entrepris, afin de vérifier qu’aucune couleur du décor n’est solubilisée par une action trop prolongée sur cette surface. Dans le cas contraire, il est impérativement stoppé.

Mode opératoire adopté et suivi des essais réalisés par l’entreprise
Au terme de deux jours d’essais réalisés sur les frises situées à la base de la coupole et sur les décors en fond de caisson dans la salle de prière, puis sur le plafond côté Est du patio, les procédés envisagés ont été validés après avoir été légèrement modifiés.

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Tests effectués en collaboration avec l’entreprise et avec la collaboration d’Ader Fès.

 


 

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Et enfin pour terminer cette lettre...


...le portrait d'Isabelle Moulin.

Ingénieure d'études déchets & Matériaux, Responsable Département ENVIRONNEMENT au LERM.

imo

Isabelle, nous pouvons peut-être commencer cet entretien par ce qui a motivé l’orientation de tes études ?
Après le bac, je suis entrée dans une prépa option biologie, parce que depuis longtemps déjà, j’étais intéressée par l’agronomie et tout ce qui touchait à la science des sols. C’est dans cette prépa que j’ai découvert la géologie, mais plus généralement le monde minéral et la physico-chimie.
A l’issue de cette prépa, j’ai donc intégré l’Ecole de Géologie de Nancy, option physico-chimie, et hydrologie et gestion de l’environnement. Sous son intitulé de géologie, cette école est au fond une école pluridisciplinaire qui mène également aux métiers du pétrole, de la mine, de la géotechnique, de l’hydrologie… Cette variété, cette transversalité des connaissances, outre qu’elle satisfaisait ma curiosité, m’a été bien utile pour la suite.

 

 

 

Pour ce qui te concerne, quelle a donc été la suite ?
La suite pour moi, cela a été un stage de fin d’études au CIRSEE où j’ai travaillé sur une étude portant sur le traitement tertiaire des eaux usées par ozonation. Ensuite, comme à Nancy les étudiants étaient  associés à des projets de recherche menés par des équipes de chercheurs, j’ai également découvert le monde de la recherche. Séduite, j’ai souhaité mener une thèse, sous la direction de Jean-Yves
Bottero, sur la spéciation des métaux lourds dans les phases cimentaires hydratées.
Il s’agissait d’évaluer les impacts, sur l’hydrataion du ciment , de l’usage des combustibles de substitution qu’on emploie dans les fours des cimenteries. C’est alors que j’ai étudié la physico-chimie des liants hydrauliques, qui m’a passionnée. Ma formation, par sa dimension environnementale et par l’orientation qu’avait pris mon intérêt pour la physico-chimie me mettait donc à l’interface des problématiques liants hydrauliques / gestion des déchets…

 

Quand entres-tu au LERM ?
C’est précisément à cette date, en 1999, que j’entre au LERM… Plutôt attirée par la recherche appliquée, je me sens vite bien dans une structure de cette taille où l’on peut participer et s’investir dans un domaine où l’on reste proche des problématiques de recherche.


Compte tenu de ton profil, qu’attend-on alors de toi au LERM ?
A cette époque, le LERM faisait de l’environnement… sans vraiment le savoir. Avec les moyens de laboratoire et les compétences qui étaient les siens (physico-chimie, minéralogie, connaissance approfondie des matériaux minéraux), il travaillait sur la valorisation des résidus de procédés thermiques. Mon rôle, en arrivant, outre l’apport de mes connaissances spécifiques, était surtout d’identifier les pratiques et les besoins dans ce domaine et d’insérer méthodologiquement le laboratoire dans ce monde particulièrement évolutif et réglementé qu’est le monde des déchets.


Comment s’est structuré ce nouveau secteur au sein du LERM ?
Nous avons commencé par explorer la spécificité de ce domaine : veille règlementaires, inscription dans le réseau des différents acteurs.
Il s’agissait, ensuite, de faire travailler les outils éprouvés du laboratoire dans un contexte différent. En articulant les métiers du BTP, que le LERM connaissait bien, et la connaissance, que j’apportais, des métiers de l’environnement, on ouvrait deux axes complémentaires de développement : d’une part des voies de valorisation intéressantes en matériaux de substitution, les retours d’expérience nous permettant, en travaillant sur la prévention des pathologies, de garantir une durabilité satisfaisante, d’autre part des procédés de stabilisation de déchets par des liants hydrauliques.

La bonne connaissance, par exemple, des liants sulfo-alumineux était un atout de taille pour le laboratoire.
Au fur et à mesure de la croissance de notre activité,  nous avons développé, dans le laboratoire, notre capacité à caractériser les déchets et renforcé, progressivement, l’équipe environnement du laboratoire.

 

Ton activité au LERM satisfait-elle les intérêts qui t’avaient amenée aux études que tu as faites ?
Oui… Comme je te l’ai dit, c’est ma curiosité qui m’a conduite dans une école pluridisciplinaire. Aujourd’hui dans mon activité au LERM , ma curiosité est toujours mise à contribution. Ainsi, si je travaille majoritairement dans le domaine des matériaux minéraux, les problématiques environnementales sont souvent mitoyennes des questions du vivant et, sans en être une spécialiste, j’appréhende bien, par exemple, les problématiques de sols, ou d’éco-toxicologie.

Mais mon activité au LERM ne satisfait pas seulement ma curiosité scientifique. En 2001, lors de sa création, la direction de l’agence parisienne du LERM m’a été confiée. En 10 ans ses effectifs sont passés de 4 à 10 personnes. Cette responsabilité d’encadrement sur l’ensemble des thématiques du laboratoire a été très formatrice pour moi et j’ai pu avoir ainsi une vision globale et précise de l’ensemble de nos activités. Intégrant la direction opérationnelle de l’entreprise et en devenant ensuite actionnaire, je me suis associée à la réflexion stratégique sur son développement, ce qui donne beaucoup de sens à l’ensemble de mon activité.

 

Quelles sont selon toi les évolutions notables de ce secteur environnement dont tu es responsable au LERM ?
En 10 ans l’évolution a été importante. Une prise de conscience a eu lieu dans l’ensemble de la société, nous le voyons tous les jours, et chez les industriels aussi : ils ne prennent plus à la légère les questions environnementales. La question des déchets, de leur génération, de leur minimisation, de leur devenir, de leur valorisation sont des questions d’actualité.
C’est dans ce mouvement que le LERM s’est formé et équipé, en 2007, pour la conduite d’analyses du cycle de vie qui permettent de comprendre et de réduire les impacts environnementaux des produits et systèmes de constructions.

Enfin, l’intégration du LERM au sein du groupe SETEC ouvre, me semble-t-il, à ce domaine environnemental de l’activité du LERM des opportunités de développement, dans la mesure où une part importante des études menées par les différentes sociétés du groupe,peuvent intègrer aujourd’hui une composante développement durable.

 

Que t’inspire, à partir de ton expérience, le thème de cette Lettre d’information : Patrimoine bâti et développement durable ?
Le patrimoine bâti vernaculaire dans la mesure où il est parvenu jusqu’à nous, donne une belle preuve de durabilité. Un parallèle avec les recherches menées aujourd’hui sur l’éco-conception nous montre que le bâti traditionnel, compte tenu des moyens, des ressources mises en œuvre, et des performances atteintes, peut être considéré comme les prémices d’un développement durable.
Il me semble que dans cette perspective du bâti patrimonial, une nouvelle approche se fait jour, suivant l’exemple du génie civil, par exemple, où les réalisations contemporaines sont conçues dès l’origine dans une perspective de gestion patrimoniale : ainsi les durées de service contractuelles des grands ouvrages stimulent la réflexion sur leur durabilité et sur l’économie de leur maintenance.

Enfin, puisque ta question porte sur le patrimoine, je renverserai la perspective en partant du point de vue selon lequel les ressources minérales, par exemple, ou une atmosphère de qualité, ou la ressource en eau ou encore les ressources énergétiques, bref, tout ce qui serait bien commun, sont à considérer comme du patrimoine qui doit être préservé et transmis.
Tout le travail du LERM, alors, sur les questions environnementales, sur la conception de matériaux de substitution, sur la valorisation de déchets s’inscrit dans cette préoccupation d’atteindre un développement qui serait durable et dont le patrimoine bâti, sous une certaine forme  nous donne un bel exemple.

 

 

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Nous tenons à remercier les personnes suivantes pour leur participation à la construction de cette LERM INFOS n°22 :

- Monsieur Patrice Morot Sir, Directeur de l’Ecole d’Avignon, centre de formation à la réhabilitation du patrimoine architectural.
- Monsieur Bouzid Sabeg, directeur du Patrimoine de la Ville d'Arles.
- Monsieur Christophe Eschlimann, atelier de conservation-restauration.
- Monsieur Jacques Fabbri, Architecte du Patrimoine.
- Isabelle Moulin, ingénieure d'études Déchets & Matériaux, Responsable Département ENVIRONNEMENT au Lerm.
- Frédérique Vouvé, ingénieure d'études spécialisée, Département Patrimoine bâti au Lerm.

La prochaine LERM INFOS paraîtra à l'aube du printemps 2012. Une fois de plus chères lectrices, chers lecteurs, merci de votre fidélité.

 

ACTUALITES

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// Une deuxième arbalète au Lerm : le diagnostic complet des ouvrages précontraints.

Dans le cadre du diagnostic mécanique des ouvrages précontraints, le Lerm est maintenant équipé d'une deuxième arbalète, de mesures de la tension résiduelle des câbles (assemblage d'armatures) au sein des ouvrages précontraints.
Elle complète la première arbalète permettant de mesurer la tension résiduelle des fils et torons.
Au-delà du matériel, c'est surtout l'expérience de la méthode, de l'outil et du type de construction qui amène le Lerm à proposer une offre complète en diagnostic mécanique des ouvrages et de leurs matériaux.

Ces deux arbalètes reposent sur le principe que plus une armature de précontrainte est tendue, plus l’effort nécessaire à la dévier de son tracé d’une flèche déterminée, sera important. La tension résiduelle est calculée à partir de formules de corrélations propre à chaque fil/toron ou câble testé, établies en laboratoire à partir d’essais de calibration.
Les arbalètes du LERM sont actuellement calibrées pour les fils de 5, 7, 8 mm, permettant notamment de tester les procédés STUP 12f7 et STUP 12f8,  pour les torons T11, T13 et T15, ainsi que pour les câbles SEEE CO2 à torons torsadés.

Ces auscultations, permettent d'établir la tension résiduelle sécuritaire constatée d'une structure dont les résultats sont exploitables en note de calculs pour les bureaux d'études.

Pour en savoir plus, contactez Christophe Carde, Directeur Technique au 04.90.18.30.30
Prochainement, consultez plus d'informations sur notre site internet : http://www.lerm.fr



 

 

// Le Moniteur décerne le prix d'architecture 2011 : l'équerre d'argent.

L'équerre d'argent décore la tour d'habitation Bois-le-Prêtre à Paris (XVII), une réhabilitation que les architectes Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont menée à la demande de Paris Habitat. " Il y a 10 ans, les habitants du quartier appelaient cette tour "Alcatraz", et aujourd'hui les anciens occupants reviennent et demandent s'ils peuvent vivre là !" annonce, émue, la représentante de Paris Habitat.

"Cette réhabilitation du patrimoine architectural est un signal donné aux maîtres d'ouvrages et architectes pour qu'ils prennent à bras le corps ce patrimoine. C'est enfin et surtout un beau travail sur le lien social", selon Frédéric Lenne, directeur du département "Architecture" au groupe Moniteur.

La remise des prix d'architectures fait l'événement, à lire dans leMoniteur hebdo n°5636.
En complément, consultez la vidéo de la remise du prix : http://www.lemoniteur.fr/P_mtv_doc.php?id_DAM=15887414

 


 

// A-Corros restaure les canons des Invalides, corrodés par la pollution urbaine et les pluies acides.

La corrosion par la pollution urbaine touche également le patrimoine national... L'entreprise A-CORROS, partenaire du Lerm depuis mars 2007, spécialisée dans le diagnostic corrosion métallique, a restauré  la batterie triomphale du Musée National des Invalides, soit un ensemble de 12 canons en bronze de plus de 3 tonnes pièce regroupant 8 canons prussiens, 2 canons russes et 2 canons hollandais. Lessivage, microsablage à l'abrasif végétal et application de cire microcristalline à chaud et à froid ont constitué les étapes principales du traitement à Arles de cette collection exceptionnelle qui retrouvera sa place sur le parvis du Musée début 2012.


Copyright Gérald de Viviés - A-CORROS - 2011


En marge de la restauration, des études au Lerm par microscopie électronique à balayage ont permis de valider l'hypothèse d'une corrosion de la collection par la pollution urbaine et ses pluies acides.

Pour toute information complémentaire : Philippe de Viviés (devivies@a-corros.fr) et Jean-Bernard MEMET (jbmemet@a-corros.fr)

 


// Cadeaux de fin d'année en BFUHP !

Original pour se démarquer, et offrir à ses clients, partenaires, fournisseurs ou pour soi tout simplement, des cadeaux de fin d'année 2011 en...béton fibré Ultra-hautes performances d'Arkheïa.
Ces créations pétillantes et minérales trouveront leur place dans les bureaux de vos contacts privilégiés. Le matériau (développé au département recherche et innovation du Lerm)
est également utilisé pour les dalles supérieures de l'amphithéâtre d'Arles.

Consultez le site internet : www.arkheia.fr


 

// Synthèse de l'Etude des Retombées Economiques et Sociales du Patrimoine Arlésien

Le Pôle Industries Culturelles & Patrimoines, à l’instigation de l’un de ses membres, le service Patrimoine de la Ville d’Arles, a missionné en 2009, l’Agence pour le Développement et la Valorisation du Patrimoine, pour réaliser une Etude sur les Retombées Economiques et Sociales du PAtrimoine (ERESPA) Arlésien.
Cette étude avait un double objectif : évaluer des retombées économiques et sociales du patrimoine sur l'économie locale et préfigurer un dispositif local d'observation pérenne.

Un important travail de terrain (questionnaires, entretiens, visites, ainsi que des recherches documentaires) ont permis de doter les acteurs locaux de données et d’outils de mesure.

Téléchargez le document de synthèse

 


AGENDA

 

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afgc

 

// AFGC Les débats : "Nouveaux bétons : Mise en oeuvre et propriétés".
8 Décembre 2011, Paris.


En cette fin d'année 2011, les débats de l'AFGC vous invitent à prendre la parole sur le thème des nouveaux bétons, de leur mise en œuvre comme de leurs propriétés si particulières.
Pour alimenter les débats, des cas réels et expérimentaux seront développés par les intervenants suivants :
- Dominique CORVEZ (LAFARGE) : MUCEM, Jean Bouin : le passage à l'ère industrielle du
matériau BFUP.
- Lionel LINGER (VINCI) : Méthode expérimentale pour la détermination d'une durée de cure
minimale.
- Cyril GUERANDEL, Laurent IZORET (ATILH) : Comportement des matrices cimentaires face à
la lixiviation : Nouvelles données sur molécules organiques.



Ce nouveau débat aura lieu le 8 décembre de 16h30 à 19h30
dans l’amphithéâtre 1 de l’EIVP, 13/15 rue Fénelon – 75010 PARIS.

Pour en savoir plus, consultez le site de l’AFGC : http://www.afgc.asso.fr/Manifestations-organis%C3%A9es-par-l-AFGC/programme-previsionnel-2011.html

 

 


// Journée de présentation de l'opération de recherche 11R082.
Jeudi 2 Février 2012, à l'IFSTTAR Paris - Salle M041-M040

"En raison du vieillissement des patrimoines d'ouvrages, la maintenance et la gestion des structures formeront l'un des challenges du 21ème siècle. Identifiée au cours du siècle précédent, cette problématique doit conduire à revoir notre manière de penser, nos méthodologies et notre capacité à intégrer de nouvelles technologies en faisant émerger de nouveaux paradigmes dans nos démarches et procédures existantes.

[…] L'ambition de l'opération est d'élaborer les bases d'un corps de doctrine méthodologique et d'applications français dans le domaine des structures de génie civil, reposant d'une part sur l'analyse des risques structuraux en phase de conception et de service, d'autre part sur la caractérisation de la performance d'un ouvrage sur son cycle de vie".

Consultez le programme détaillé de la journée : http://www.lerm.fr/lerm/Newsletter/lerm_info_22/Journee_ifsttar_fev12.pdf

 

 

// Exposition : Jean-Claude Golvin, un architecte au coeur de l'Histoire - Jsqu'au 6 mai 2012, Arles.

"En 2011, Jean-Claude Golvin fait don de l'ensemble de son œuvre au musée, ce qui représente plus de
1 000 dessins originaux auxquels s’ajoutent des dossiers et esquisses préparatoires. L’exposition proposée, sous forme de rétrospective, investit sur plus de 3000m2 les collections du musée, leur donnant une résonance particulière. Des reproductions grand format de dessins de l’antique Arelate en regard de vues originales d’autres monuments de la Gaule et du bassin méditerranéen permettent de compléter le discours muséographique sur l’histoire de la ville à travers les thèmes de l’urbanisme et de la romanisation des territoires de l’Empire".


Les thèmes abordés ponctuent le parcours de la visite, ouvrant sur :
- la ville,
- l'habitat,
- l'amphithéâtre,
- l'Arc de triomphe, et de nombreux autres types de constructions.

L'exposition se tiendra au Musée Départemental Arles Antique (13) jusquau 6 mai 2012.

 

Consultez le site de l'exposition : Un architecte au coeur de l'Histoire
Consultez le site du MDAA

 

 

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Merci de votre attention. La prochaine Lettre d'information technique et scientifique "LERM INFOS" paraîtra à l'aube du printemps 2012.

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