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Le LERM : dossier technique

Les égouts romains

 

 

Entretien avec Alain Bouet, Maître de conférences HDR à l’Université de Bordeaux

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LERM
On connaît le goût des Romains pour les eaux de qualité : les aqueducs témoignent du soin qu’ils portent à leur approvisionnement en eau. Mais que font-ils de leurs eaux usées ? Connaissent-ils un système d’égouts ?

Alain Bouet
Oui, les Romains connaissent les égouts. L’égout romain est d’ailleurs une conséquence de l’adduction d’eau. L’eau qui entre dans la ville doit en sortir, c’est simple !
La genèse du système d’égouts est cependant liée à l’histoire propre de chacune des villes. Il faut en quelque sorte, à chaque fois, remonter à la source… L’égout le plus ancien du monde romain est la fameuse cloaca maxima de Rome dont la fonction première était de drainer et d’assainir la vallée du Forum pour en permettre ensuite l’urbanisation. Entrepris par Tarquin l’Ancien à la fin du VIIe et au début du VIe siècle avant J. C., ce drain, à mesure de l’urbanisation de Rome, est devenu un égout qui a servi à la collecte des eaux usées.

LERM
Peut-on dire que les Romains qui étaient des fondateurs de villes les fondaient sur leurs égouts ?

Alain Bouet
Ils les fondaient sur l’hydraulique : adduction et évacuation sont une même nécessité. Il est sûr que, dans le cas de fondation, les plans des égouts préexistaient à la construction même de la ville : on prévoyait généralement le réseau d’évacuation avant la construction des structures adjacentes à la rue.

Chez nous, en Gaule, nous avons des témoignages de cette conception de l’évacuation. Saint-Romain-en-Gal, qui correspond à la Vienne antique, est l’une des plus importantes villes gallo-romaines. Elle s’étendait de part et d’autre du Rhône. Il s’agit d’un site qui a fait l’objet de nombreuses fouilles : on y mis au jour, sous les rues, un réseau d’égouts et dans ces égouts, des systèmes réguliers d’évacuation, qui n’ont d’ailleurs pas tous été utilisés.

Ailleurs, à Saintes, en Charente-Maritime, les égouts ne sont pas sous les rues, mais directement sous les maisons.

Le géographe Strabon remarque qu’à Smyrne (l’actuelle Izmir), les architectes n’avaient pas prévu d’égouts. Indépendamment de la véracité de sa remarque, elle signifie qu’il s’attendait donc à en trouver dans une cité de cette importance…

LERM
Quelles formes ont ces égouts ?

Alain Bouet
Cela dépend du degré de l’urbanisation. Certains peuvent être des tranchées ou des fossés à ciel ouvert ou recouverts de planches. Ailleurs, ils sont enfouis dans le sous-sol.

LERM
A-t-on une idée de leurs matériaux constitutifs ?

Alain Bouet
Oui, car les vestiges sont nombreux… Les matériaux dépendent des ressources locales : on trouve la brique maçonnée et la pierre. La maçonnerie des égouts ne comporte généralement pas le mortier de tuileau qu’on trouve dans le canal des aqueducs et qui assure son étanchéité.
A Bordeaux, bon nombre de fouilles récentes ont montré que le bois était souvent utilisés comme matériau de construction.

LERM
Les égouts sont efficaces à la condition qu'on les entretienne. Qui se charge de l'entretien dans la ville romaine ?

Alain Bouet
Les égouts romains sont entretenus. Cet entretien est d’ailleurs une charge importante qui est assurée par des édiles qui sont des magistrats commis à l’administration urbaine.

Auguste, dont le règne ramena une période de paix civile, s’occupa de la restructuration de l’urbanisme de Rome et s’attacha notamment à la rénovation des égouts. On raconte qu’Agrippa, son gendre, lors d’une inspection du cloaca maxima s’y déplaça en barque.

L’entretien des égouts est évidemment moins visible que la construction d’un aqueduc, dont la fonction est aussi monumentale : il rend visible à tous à la gloire de celui qui l’a fait construire…

LERM
Qui, dans le monde romain, paye les égouts et leur entretien ?

Alain Bouet
Pour maintenir quelque cohésion dans une société où les riches sont peu nombreux et où les pauvres sont l’immense majorité, on met en place, dans le monde romain, une sorte de redistribution sociale de la richesse au moyen de l’évergétisme : les élites locales fortunées paient des services, des constructions ou des divertissements pour l’ensemble de la cité. Tout cela ne va pas sans arrière pensée politique : on ne devient pas magistrat sans être évergète…

LERM
Où se font les rejets des eaux usées ?

Alain Bouet
Elles se font au point le plus bas, généralement dans la rivière de la ville. Si l'hygiène existe bien à Rome, l'écologie n'existe pas encore : le Tibre est alors notoirement connu comme un fleuve pollué.
Dans un texte tardif, Julianus, dit Julien l'Apostat, qui avait fait de Lutèce sa capitale, indique que l'eau de la Seine était alors bonne à boire. Nous sommes alors au IVe siècle après J. C…

LERM
De quand date l’abandon des égouts romains ?

Alain Bouet
La fin du IIIe siècle après J. C. connaît une rétractation de la plupart des villes gallo-romaines et l’abandon progressif des grands ouvrages collectifs. La cause en sont les difficultés politiques et militaires que traversent l’empire. Ceci a des répercutions sur le financement des infrastructures publiques : les évergésies se raréfient et les personnes fortunées ont d’ailleurs tendance à quitter la ville pour se retirer sur leurs propriétés.

 


Sections des égouts nîmois à couverture dallée.
Source : Alain Veyrac, Nîmes romaine et l’eau, 57e supplément à Gallia, Paris, 2006.

Alain Bouet travaille sur l'architecture romaine et notamment sur les thermes. Il a publié plusieurs ouvrages sur ce sujet :


Les matériaux de construction dans les thermes de Gaule Narbonnaise, 1999.
Les thermes privés et publics en Gaule Narbonnaise, Rome, 2003.
Thermae Gallicae, Les thermes de Barzan (Charente-Maritime) et les thermes des provinces gauloises, Bordeaux.
Les latrines dans les provinces gauloises, germaniques et alpines, à paraître.

Il dirige, depuis 1998, le chantier-école de l'Université de Bordeaux 3 sur le site gallo-romain de Barzan (17).

 

 


 

 

 

 


 

 



Rue et fontaine publique à Pompéi

 

 

 


La cloaca maxima à Rome

 

 

 

 


Intérieur de la cloaca maxima

 

 

 


Latrines à Dougga en Tunisie