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Le LERM : dossier technique

Une étude du génie civil des ouvrages d'une station de dépollution menée par le LERM

 

 

 

Sommaire

Objet de l'étude

Principales pathologies rencontrées

Investigations et essais réalisés sur site
Essais en laboratoire
Principaux résultats des analyses
En ce qui concerne la recherche de pathologies
En ce qui concerne l'origine des désordres
Mécanismes de dégradation mis en jeu
Attaque chimique
Corrosion des armatures
Perspectives

 

Objet de l'étude
Le LERM a été chargé de réaliser, en septembre 2004, une étude visant à émettre un diagnostic concernant l'état de conservation des ouvrages en béton d'une station de dépollution des eaux, dans l'Est de la France.
Outre l'établissement d'un diagnostic des structures en béton armé, des préconisations techniques de réparation de ces éléments en bétons ont été proposées : la lagune à boues, le clarificateur, les bassins d'aération, l'ensemble dégrilleur-dessableur-déshuileur...


Ces ouvrages en béton armé présentaient des désordres plus ou moins marqués. Ils ont fait l'objet d'un diagnostic complet de leur structure afin d'appréhender au mieux les désordres et d'en rechercher l'origine. Une série d'essais sur site ont été réalisés pour chacun de ouvrages :

examens visuels des désordres et illustrations photographiques
auscultations radar dans le but de localiser les armatures, d'estimer la profondeur de leur enrobage et de vérifier leur état de conservation, complètées par des sondages destructifs
estimation du degré d'avancement de la corrosion des armatures par mesure du potentiel d'électrodes
prélèvement de concrétions et d'échantillons de béton par carottages diamantés sous eau

Principales pathologies rencontrées
Après examen, les principaux désordres rencontrés ont pu être regroupés par familles et définis ainsi :

écaillage superficiel et gonflement localisé du béton
fissuration des éléments en béton (voiles) : ces fissures sont relativement fines, apparemment bouchées et marquées par la présence de concrétions blanchâtres
épaufrures (éclats) du béton avec mise à nu des granulats et des armatures sous-jacentes. Ce dernier cas se traduit par une corrosion apparente des fers, une décohésion de la structure du matériau et localement par une diminution du diamètre des armatures.

Les points suivants ont également été notés :

aucun revêtement de surface (produit de protection) n'a été mis en évidence sur ces bétons
les désordres constatés affectent également des zones ayant déjà fait l'objet de campagnes de réparation antérieures

Les observations sur site ont permis de montrer que les désordres affectaient principalement les bassins d'aération ainsi que le clarificateur.

Investigations et essais réalisés sur site
Les examens sur site, réalisés sur l'ensemble de la station de dépollution (6 ouvrages en béton armé), ont été effectués dans le but de relever et de situer les différentes pathologies, de caractériser le plan de ferraillage (maille, diamètre et profondeur d'enrobage par mesures radar et pachométriques), d'évaluer la corrosion active des armatures (par la technique du potentiel d'électrodes) et de prélever les échantillons nécessaires aux essais de laboratoire.


Radargramme illustrant des fers irrégulièrement répartis

Essais en laboratoire
Les essais et analyses réalisés en laboratoire ont consisté en une description détaillée des échantillons prélevés (principales caractéristiques, type de béton, profondeur d'enrobage et aspect des armatures recoupées, évaluation de la carbonatation), ainsi que dans réalisation d'essais de résistance à la compression, de dosages chimiques (chlorures, sulfates et alcalins à plusieurs profondeurs) et à l'étude particulière de concrétions et de la microstructure des matériaux par microscopie électronique à balayage.


Principaux résultats des analyses

En ce qui concerne la recherche de pathologies
Des composés néoformés riches en soufre (gypse et ettringite) ont été mis en évidence dans les bétons provenant du clarificateur et de l'un des bassins d'aération. Les concrétions prélevées en surface des bétons étaient exclusivement de composition calcitique.

Les analyses microscopiques ont confirmé la présence de néoformations à base de sulfates (ettringite aciculaire et massive à caractère expansif). Des traces de chlore ont également été mises en évidence. Enfin, des composés géliformes, de composition silico-calco-alcaline et probablement en relation avec une réaction alcali-granulat, ont été identifiés.

Les teneurs en chlorures étaient faibles et inférieures au seuil de 0,4 % en masse par rapport au poids de ciment (seuil limite préconisé par la norme NF EN 206-1 dans le cas d'ouvrages en béton armé).

Les concentrations en sulfates étaient généralement inférieures à 3 % en masse par rapport au poids de ciment : ces teneurs étaient donc conformes à la norme ciment NF EN 197-1 qui préconise une teneur maximale comprise entre 3,5 et 4 %. Par ailleurs, le béton du clarificateur était, quant à lui, marqué par une concentration en sulfates élevée (6 % en masse).
Enfin, les concentrations en alcalins étaient inférieures ou égales à 2,6 kg d'alcalins par m3 de béton, excepté dans le seul cas du béton d'un des bassins où la concentration était égale à 4,7 kg : ce point particulier est donc supérieur au seuil maximal préconisé (valeur limite de 3,0 à 3,3 kg d'alcalins par m3 de béton) par les recommandations concernant la prévention des désordres dus à l'alcali-réaction (LCPC juin 1994).

En ce qui concerne l'origine des désordres
De manière générale, les désordres rencontrés dans les ouvrages apparaissaient globalement comparables mais présentaient une intensité variable selon les ouvrages. Ils correspondaient essentiellement à une fragilisation de la paroi des voiles se traduisant par une altération superficielle de leurs matériaux constitutifs.

Il est apparu, au vu des essais et analyses réalisés, que les bétons étudiés présentaient des pathologies en relation d'une part avec le milieu dans lequel ils étaient placés (milieu agressif chimiquement, humidité élevée…), et d'autre part avec les propriétés intrinsèques des matériaux (compacité moyenne à faible, enrobage localement faible ou nul et absence de protection de surface de type revêtement époxy).

En effet, les altérations provoquées sur le béton et la pâte de ciment en particulier se sont traduits par une pénétration plus ou moins marquée de sulfates et/ou d'alcalins dans la matrice cimentaire, par une dissolution locale de la pâte et par la formation de composés sulfatiques ou riches en potassium pouvant présenter un caractère expansif. Ces points ont ont été vérifiés avec la mise en évidence decristallisations de sulfates de calcium (gypse), d'ettringite à faciès localement expansif dans une matrice constituée d'hydrates peu denses et de gel d'alcali-réaction.

D'un point de vue chimique, il est apparu que la "profondeur d'attaque" de la matrice cimentaire par les sulfates ou les alcalins était peu importante : pas de profil de pénétration ni de forte concentration, excepté dans le cas du clarificateur.
Par ailleurs, certains désordres ont également été reliés à un phénomène de corrosion des armatures : cette réaction est directement à mettre en relation avec la carbonatation de la matrice cimentaire favorisée par la porosité plutôt élevée des bétons constitutifs des voiles ainsi que par un enrobage des aciers localement insuffisant.


Ces deux phénomènes (attaque chimique du fait du caractère acide des boues et corrosion des fers) ont été favorisés, malgré la formulation des bétons à base de ciment adapté à ce milieu chimique (ciment au laitier de haut fourneau, recommandé par le fascicule de documentation P18-011), par l'absence de revêtement de surface de type résine de protection.

Mécanismes de dégradation mis en jeu

Attaque chimique
Le milieu étudié, apparemment riche en hydrogène sulfuré compte tenu des fluides y circulant (eaux usées…), pouvait être classé comme un environnement chimiquement agressif du fait de la présence de sulfates et d'un degré d'acidité important.

Les réactions mises en jeu étaient dues au caractère doublement agressif de l'acide sulfurique H2SO4 (issu de la réaction de H2S avec l'humidité environnante) vis à vis de la pâte de ciment (et du béton) de par son acidité (dissolution de la matrice) et de par la formation de composés sulfatiques dont la cristallisation peut engendrer une fissuration du béton.
En effet, sous l'action de mécanismes biologiques, les sulfures s'oxydent en acide sulfurique lequel provoque l'altération du béto
n à la suite d'une succession de réactions chimiques. Voir notre page consacrée aux pathologies des ouvrages de STEP.

L'acide sulfurique H2SO4 est donc doublement agressif, par son acidité et par la formation de sulfates qui donnent naissance à des composés secondaires expansifs (gypse, ettringite...) dont la cristallisation peut engendrer une fissuration du béton.

Les principaux désordres en partie haute des bassins (zones de marnage) provenaient de la nature même des effluents, des boues ou des projections. En effet, l'activité bactérienne dans ces bassins de dépollution conduit dans un premier temps au dégagement d'hydrogène sulfuré qui se combine à l'humidité ambiante pour ensuite se condenser sous forme d'acide sulfurique et ainsi " attaquer " chimiquement les zones émergées (en conditions aérobies).


Corrosion des armatures
La corrosion des armatures peut être initiée, dans les bétons par la carbonatation du béton d'enrobage au contact du CO2 atmosphérique. Les armatures sont dépassivées par la diminution de pH occasionnée par la réaction entre les hydrates de la pâte de ciment et le CO2 atmosphérique (la dépassivation intervient ainsi lorsque le front de carbonatation atteint les armatures).
Lorsque les armatures ne sont plus passivées en raison de l'un ou l'autre des deux facteurs, le processus de corrosion met en jeu des phénomènes de piles électrochimiques se produisant entre des zones anodiques et des zones cathodiques.

La formation des oxydes et hydroxydes de fer s'accompagne d'une augmentation de volume par rapport au métal de base, provoquant ainsi des contraintes internes dans le béton qui conduisent à l'apparition de désordres tels que de la fissuration, des coulures de rouille et des épaufrures. A un stade plus avancé, la réduction de section des aciers diminue la capacité portante, et peut entraîner ainsi des dégâts structuraux importants.

Perspectives

Compte tenu du contexte général, des désordres relevés et des défauts récurrents affectant les bétons constitutifs des différents ouvrages, il est apparu que des travaux de réparation étaient à entreprendre dans le cas de la lagune à boues et du complexe dégrilleur-dessableur-déshuileur.
Ces bétons, en effet, étaient globalement peu dégradés (d'un point de vue chimique) mais étaient caractérisés par une carbonatation notable, un enrobage moyen des armatures et la présence de fissures peu ouvertes. Il était important de noter la présence de composés délétères et expansifs et, dans le cas de la lagune à boues, la présence d'un contact très moyen avec le sous-sol.

Dans le cas du clarificateur et des bassins d'aération, l'état de conservation des bétons étant classé de très moyen à très mauvais, il s'avèrait délicat de prendre des mesures conservatoires et réparatrices concernant ces ouvrages particulièrement dégradés.


La démarche générale des réparations proposées avait donc pour but de limiter ou d'inhiber la présence d'éléments exogènes dans le béton support et de retrouver un béton sain.


Dans cette optique, tout ou partie des phases suivantes ont été recommandées :

Purge du béton
Traitement des fissures
Traitement des armatures
Ragréage
Traitement des parements

Ragréage
Le produit de ragréage a pour but d'une part de re-placer les armatures dans un milieu passivant, et d'autre part de confectionner un enrobage des fers suffisant vis-à-vis du phénomène de carbonatation.
Ce produit peut correspondre à un matériau de nature hydraulique (mortier ou micro-béton) ou à un produit mixte (résine époxy - ciment, en particulier dans le cas où un enrobage minimum de 5 cm ne pourrait être garanti). Le produit de ragréage peut être adjuvanté d'un inhibiteur de corrosion.

Traitement des parements
Ce traitement de protection de surface a pour but de limiter la pénétration de produits issus de l'environnement extérieur vers le béton (éléments exogènes). Le produit de " finition " doit être adapté à l'environnement chimiquement agressif (résine époxy particulièrement résistant aux conditions spécifiques du milieu) et présenter les caractéristiques suivantes :
- résistance chimique aux attaques acides,
- comportement plus ou moins souple afin d'épouser parfaitement la surface du support et de supporter une éventuelle déformation du support,
- imperméabilité aux gaz et aux liquides afin de stopper la pénétration d'éléments exogènes dans le béton (humidité, CO2, H2S, chlorures, sulfates…).


 

 

 

 


 

 

 

 

 



Ecaillage superficiel du béton

 


Estimation de la profondeur d'enrobage des armatures et vérification de leur état de conservation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les pathologies des bétons sont en relation
avec le milieu dans lequel ils sont placés...

 

 

 

 

 

 

 

 


Zone de marnage du bassin