Diagnostic de désordre de façades
avant travaux de réhabilitation d'un bâtiment d'habitation
collectif
Avant
réparation ou réhabilitation d'un bâtiment,
le diagnostic d'un laboratoire permet de caractériser les
pathologies en présence et de définir les meilleures
techniques de traitement .
Le
LERM a réalisé une étude diagnostic concernant
l'état d'altération des façades de bâtiments
d'habitation collectifs afin de préconiser les solutions
de traitement adaptées aux désordres en présence.
Le
recours à un laboratoire spécialisé lors de
l'étude d'un programme de travaux s'inscrit dans une démarche
de calcul de coût global, qui, dans le temps, s'avère
être un investissement pour le maître d'ouvrage. Les
dépenses liées aux phases d'études ne représentent
en effet qu'une faible part du budget de travaux et permettent au
maître d'ouvrage de s'assurer de l'efficience de la réhabilitation.
La récurrence des désordres s'en trouve fortement
réduite.
Objet
de l'étude
Les immeubles étudiés,
localisés en banlieue Nord de la ville de Marseille, dataient
d'une trentaine d'années. Les façades présentaient
des désordres récurrents principalement localisés
sur la façade Ouest. Les désordres observés
sur les balcons en béton correspondaient à des fissures,
des épaufrures et des zones d'éclatement accompagnées
de la mise à nu des fers. Ces désordres affectaient
l'apparence et la durabilité de la construction mais également
la sécurité des habitants.
Tous les balcons présentaient une structure identique : garde-corps
pouvant être ajouré, dalle et refend séparateur.
Il est important de noter que la plupart des désordres repérés
avaient fait l'objet d'une campagne de réparation : purge
du béton et application d'un produit passivant de couleur
jaune sur les armatures dégagées.
Programme
de l'étude
Investigations
sur site
Les objectifs de ces investigations sur site étaient :
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détecter les armatures et en mesurer l'enrobage
par pachométrie |
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mesurer la corrosion des armatures du béton
par la méthode du potentiel d'électrode pour ce
qui concerne les garde-corps et les dalles |
Analyses
en laboratoire
Les études qui ont porté sur les éléments
de façades (garde-corps, dalles de balcon, refends) ont été
les suivantes :
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examens macroscopiques des échantillons
afin de décrire de façon succincte le béton,
en évaluant notamment la profondeur de carbonatation
par test à la phénophtaléine, l'aspect
de la pâte de ciment ainsi que la répartition et
la distribution des granulats. |
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détermination du dosage en ciment des bétons
à l'aide des essais suivants : |
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mesure des masses volumiques et de la porosité
accessible à l'eau selon le mode opératoire recommandé
par l'AFPC-AFREM |
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examen au microscope optique en lumière
réfléchie d'une section polie dans le but de déterminer
la nature du liant |
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dosage de la silice soluble après attaque
acide ménagée HNO3 1/50ème |
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mise en évidence d'un éventuel gradient
de concentration en chlorures et en sulfates en fonction de
la profondeur (profil 3 points) et de l'exposition après
attaque acide ménagée |
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examen au microscope électronique à
balayage couplé à l'analyse qualitative élémentaire
par spectrométrie X à dispersion d'énergie
de fractures fraîches afin de caractériser la microstructure
des bétons, les faciès des hydrates, la carbonatation
et de rechercher d'éventuels signes d'altération
d'origine physico-chimique |
Réalisation
de l'étude
Investigations
sur site
Repérage des armatures et mesure de
l'enrobage
Le repérage
des armatures et la mesure de leur enrobage ont été
réalisés par pachométrie et contrôles
destructifs, effectués pour les besoins des mesures de corrosion
des armatures.
Mesure de corrosion
des armatures
Principe de la méthode
La corrosion par enrouillement des aciers
dans un béton provoque des phénomènes électrochimiques
analogues à ceux des batteries, mais le courant électrique
engendré présente une très faible intensité.
Par conséquent, la mesure du champ de potentiel donne une
probabilité de corrosion qui est évaluée d'après
les valeurs globales suivantes :
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U (tension électrique) >
-100 mV : faible probabilité de corrosion active |
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100 mV > U > -250 mV : amorce de corrosion
possible |
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250 mV > U : forte probabilité d'existence
de corrosion active. |
Les variations rapides
du champ de potentiel (gradient élevé), constituent
également un critère d'évaluation important,
pouvant notamment traduire la présence d'une fissuration
du béton provoquée par l'enrouillement des aciers.
Ces investigations sur site ont été complétées
par prélèvements d'échantillons de béton
par carottages sous eau, échantillons qui ont été
analysés en laboratoire
Mise en uvre
Le champ de potentiel est
mesuré entre le réseau d'armatures lui-même
et une électrode spéciale de référence
(électrode impolarisable en cuivre - sulfate de cuivre),
appliquée à la surface du béton. Un millivoltmètre
sensible à grande impédance d'entrée est utilisé
pour obtenir des mesures fiables et stables.
Les surfaces sont auscultées selon un maillage de points
de mesures régulièrement espacés (30 à
40 cm dans le cas présent).
Le système utilisé permet la mesure du champ de potentiel
à la surface du béton sur des zones de plusieurs mètres
carrés. Les valeurs de potentiel sont mises en mémoire
sur le site et traitées ensuite au laboratoire.
La cartographie du champ de potentiel sur les zones auscultées
est faite par traitement informatique des mesures.
Résultats
Les potentiels mesurés sur l'ensemble des
zones montrent les points suivants :
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les mesures effectuées font apparaître
des variations de potentiels notables et significatives d'une
activité de corrosion active probable. |
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les dalles des balcons ajourés ou les parties
basses des éléments pleins sont marquées
par des potentiels, élevés en valeur absolue,
indicatifs d'une activité probable de corrosion active |
Analyses en laboratoire
Résulats
Caractérisation des bétons de garde-corps
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Les mesures de carbonatation
de la matrice cimentaire montrent que le front de pénétration
est de l'ordre de 10 mm (côté appartement) et varie
de 10 à 20 mm (côté extérieur), |
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Les bétons étudiés
sont formulés avec un ciment de type CEM II au laitier
dosé en moyenne à 470 kg par m3 de béton.
Ces bétons sont également caractérisés
par une compacité correcte traduite par une porosité
de l'ordre de 15 %. Le dosage en ciment est relativement élevé
et supérieur aux recommandations de la norme NF EN 206-1
concernant le béton prêt à l'emploi (dosage
minimal de 280 kg pour un béton armé), |
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Les dosages chimiques ont montré
la présence dans les bétons, d'une part de sulfates
dont la concentration est de l'ordre des normes en vigueur,
et d'autre part de chlorures. Ces chlorures sont présents
dans des proportions relativement élevées et supérieures
au seuil maximal dans le cas de béton armé (moyenne
de 0,5 à 0,9 % pour une limite de 0,4 % de chlorures
par rapport au poids de ciment - limite fixée par la
norme NF EN 206-1), |
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Les observations microscopiques
ont montré que ces bétons des garde-corps sont
composés par une matrice cimentaire englobant les hydrates
traditionnels d'un béton : silicates de calcium hydratés
C-S-H et portlandite Ca(OH)2. Ces hydrates forment un assemblage
plutôt compact et le contact pâte-granulat y est
étroit. Les granulats sont principalement de nature siliceuse
et silicatée. Ces bétons sont marqués par
la présence d'une carbonatation au niveau des franges
superficielles (côtés extérieur et intérieur)
ainsi que par la présence d'un signal récurrent
en soufre. |
Caractérisation des bétons des dalles de balcon
(nez de dalles)
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Les profondeurs de carbonatation
varient de 10 à 20 mm. Le front de carbonatation "
horizontal " (c'est-à-dire depuis les faces extérieures
et intérieures - zone de contact avec le plancher) est
inférieur à l'épaisseur d'enrobage des
fers. Néanmoins, l'enrobage inférieur des fers
est estimé à 10 mm environ ce qui placent ces
dernières au niveau du front de carbonatation et donc
dans une zone dépassivante. Ce constat est vérifié
par les armatures recoupées lors des carottages présentant
des traces de corrosion notables. |
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Le béton de ces éléments
est formulé, comme les garde-corps, avec un ciment de
type CEM II au laitier dont le dosage moyen est de 470 kg. La
porosité moyenne des échantillons testés
est d'environ 16 %. %. Le dosage en ciment est relativement
élevé et supérieur aux recommandations
de la norme NF EN 206-1 concernant le béton prêt
à l'emploi (dosage minimal de 280 kg pour un béton
armé). |
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Comme dans le cas des garde-corps,
les éléments chimiques susceptibles d'être
agressifs (chlorures et sulfates) sont présents dans
des proportions similaires selon l'origine des échantillons.
Les bétons issus de certains bâtiments présentent
des teneurs en chlorures ponctuellement élevées
et supérieures aux seuils en vigueur. Dans le cas des
sulfates, les teneurs mesurées sont homogènes
et de l'ordre des préconisations en vigueur. |
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L'examen de la microstructure
des bétons a révélé que la pâte
de ciment est composée de C-S-H pouvant former des assemblages
denses, de portlandite et d'ettringite. Cette dernière,
relativement abondante, se présente sous la forme de
fines aiguilles mais également sous une forme massive
à caractère expansif. |
Conclusions et recommandations
Au vu des observations et analyses réalisées,
il est apparu que les bétons constitutifs des façades
des immeubles de la résidence objet de l'étude présentaient
un état de conservation globalement correct. Il était
néanmoins important de souligner que, localement, des désordres
liés à un phénomène de corrosion
des armatures étaient observés, particulièrement
en sous face des dalles où les épaisseurs d'enrobage
des armatures sont les plus faibles.
La corrosion, à l'origine de ces désordres qui affectaient
particulièrement les balcons des façades Ouest, était
en relation avec un phénomène de carbonatation
de la matrice cimentaire et/ou la présence de chlorures
en quantité relativement élevée.
La carbonatation de la matrice cimentaire était liée
à la pénétration d'humidité et de CO2
depuis le milieu extérieur. Les chlorures avaient également
pour origine le milieu environnant (humidité locale, embruns
marins
). Le développement de la carbonatation et la
pénétration de chlorures étaient directement
favorisés par les qualités intrinsèques des
matériaux et particulièrement par leur compacité
(la porosité favorisant la pénétration d'éléments
exogènes).
Le phénomène de corrosion des armatures métalliques
se traduisait par la création d'une couche d'oxydes en surface
des fers ce qui tend, par augmentation du volume local de l'armature,
à créer des contraintes mécaniques suffisamment
élevées pour favoriser la création d'un réseau
de microfissuration dans le béton.
Il est par ailleurs important de souligner que la majorité
des désordres repérés affectaient les éléments
préfabriqués des balcons : garde-corps et nez de dalle
de plancher. La répartition de ces désordres est liée
à la présence d'armatures dans les éléments
considérés ainsi qu'à l'orientation des balcons
(Ouest).
En effet, les auscultations réalisées sur les refends
ont révélé l'absence de ferraillage dans les
zones d'analyses. D'autre part, les dalles de la façade Est
ne présentent pas de désordres majeurs et sont caractérisées
par des teneurs en éléments exogènes (chlorures
particulièrement) relativement faibles.
Dans ces conditions, les réparations
pourront s'articuler autour d'un
traitement curatif des zones actuellement
dégradées, et éventuellement d'un traitement
préventif des zones dans lesquelles
aucun désordre n'est actuellement observé, mais où
des teneurs notables en chlorures et/ou des profondeurs de carbonatation
de l'ordre de l'épaisseur d'enrobage des armatures ont été
mises en évidence.
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Détail d'un balcon
1 = dalle ; 2 = garde-corps pouvant être ajouré ;
3 = refend

Béton éclaté sur un garde
corps
Bâtiment I, façade Ouest. 2ème étage

Observation au microscope éléctronique à
balayage

Prise de mesures par potentiel d'électrodes

Résultats des mesures de corrosion par
potentiel d'électrodes sur les gardes corps

Echantillons de béton provenant du bâtiment
I,
2ème étage, 3ème
travée

Evolution de la teneur en sulfates dans les
bétons issus des dalles de la façade Est

Microscopie optique en lumière réfléchie.
Echantillon 6583-5b
1 = matrice cimentaire ; 2 = gravillons ; 3 = grains de clinker
; 4 = grain de laitier de haut fourneau
 
Microscopie Électronique à Balayage
et analyse élémentaire par spectrométrie
X à dispersion
Ettringite massive dans la matrice cimentaire
Échantillon 6583-17
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