Recherche de l'origine du cloquage d'un revêtement de sol
en résine époxy
Le LERM intervient régulièrement
dans le cadre d'expertises (judiciaires ou d'assurances), à
la demande d'experts, en réalisant les diagnostics sur site
et en laboratoire des pathologies des matériaux en oeuvre,
afin d'apporter des éléments d'explication sur l'origine
des désordres observés. Dans le cas présent,
l'étude réalisée dans un bâtiment à
usage industriel de la région parisienne se réfère
au cloquage d'un revêtement de sol industriel en résine
époxy, appliqué sur une dalle béton. Les essais
et observations réalisés permettent principalement
de conclure à la présence d'un phénomène
d'alcali-réaction lié à la présence
de silex réactifs, aggravé par une humidité
globale importante sur toute la surface étudiée.
OBSERVATION SUR SITE DES DESORDRES
A la demande d'un
expert, le LERM, laboratoire spécialiste de l'étude
des pathologies des pierres et des bétons en oeuvre, a été
chargé d'identifier les causes d'altération d'une
dalle béton revêtue de résine époxy d'un
bâtiment à usage industriel.
Les désordres
se manifestent sous la forme d'un cloquage généralisé
du revêtement époxy appliqué sur la dalle béton.
Les cloques (fig 1) contiennent un liquide jaunâtre, tandis
que la surface du béton sous les cloques présente
un dépôt blanchâtre.
Des mesures d'humidité
ont été réalisées. Cette technique d'auscultation
non destructive repose sur la mesure de la capacité électrique du matériau étudié, soit en surface,
soit en profondeur, à l'aide d'une sonde spécifique.
Elle dépend de la constante diélectrique du matériau
étudié, fonction de sa teneur en eau. Par conséquent,
pour un matériau donné, les variations relatives de
capacité sont essentiellement liées aux variations
de la teneur en eau.
L'intérêt de cette technique est de pouvoir dresser
une véritable cartographie de la teneur en eau de la surface
auscultée (fig 1bis).
Les résultats obtenus mettent en évidence une humidité
importante sur toute l'étendue de la zone auscultée,
cloquée ou non. Ces valeurs élevées en surface
pourraient correspondre à une rétention du liquide
sous le revêtement polymérique.
Des prélèvements
ont été réalisés par carottage pour
des compléments d'analyse en laboratoire (fig 2)
ESSAIS ET ETUDE EN LABORATOIRE
Analyses chimiques
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Revêtement
polymérique |
Les analyses ne révèlent
aucune différence notable entre deux échantillons
(un témoin et un dégradé)
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Liquide
présent dans les cloques |
L'analyse chimique révèle
des concentrations en alcalins (Na et K) très élevées
ainsi que la présence de benzèneméthanol,
d'un phtalate et d'alcanes non identifiés
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Béton |
Les teneurs en chlorures et en sulfates
sont inférieures aux spécifications des normes
en vigueur
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Etude microstructurale
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Granulats |
La présence de granulats calcaire
très majoritaires est notée. Cependant, une
fraction gravillonnaire composée de silex réactifs
en milieu alcalin et une fraction sableuse équivalente
d'un point de vue pétrographique sont également
remarquées
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Béton |
Par aspersion d'acétate d'uranyle
sur une carotte de béton et observation sous lumière
ultraviolette, une fluorescence caractéristique de
la présence du phénomène d'alcali-réaction
est observée
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Revêtement
polymérique |
Le revêtement de surface, de nature
siliceuse et carbonée, a été appliqué
en 2 couches (fig 3)
Des produits géliformes de composition silico-calco-alcaline
sont observés (fig 4), et le plus souvent en surface
du béton, à proximité de l'interface
avec le revêtement, soulignant que les granulats ont
réagi avec la matrice du béton (réaction
de type alcali-granulats)(fig 5).
La présence d'ettringite aciculaire est également
mise en évidence dans la matrice liante, et présente
un faciès lixivié en cours de dissolution
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CONCLUSION
Les analyses réalisées
ont ainsi démontré que le phénomène
de cloquage est en relation directe avec la formation de gels d'alcali-réaction
dans la partie superficielle de la dalle en béton. Ces gels
se forment par réaction entre les espèces siliceuses
réactives contenues dans les silex et les alcalins présents
dans la solution interstitielle du béton. Le phénomène
d'expansion associé est favorisé par la présence
d'une humidité résiduelle en surface de la dalle,
piégée par le revêtement époxy. Il est
important de souligner que les cloquages pourront se poursuivre
tant que des fragments de silex n'ayant pas réagi seront
présents dans la partie superficielle de la dalle béton.
La mise en oeuvre
d'une nouvelle résine sur une zone d'essai a conduit aux
mêmes types de désordres : la nature du revêtement
dans l'apparition de cloques semble donc bien hors de cause, même
si l'humidité emprisonnée a pu localement le fragiliser
par un phénomène de solvatation et faciliter ainsi
le développement de cette réaction.
L'apparition de désordres repose donc sur une mauvaise qualité
de granulats utilisés pour la fabrication du béton.
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fig 1

fig 1bis

fig 2

fig 3

fig 4

fig 5
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