Diagnostic d'altération des façades
avant réhabilitation d'un bâtiment collectif à
Marseille
Avant réparation
ou réhabilitation d'un bâtiment, il est fortement recommandé
de procéder à un diagnostic qui permette de caractériser
les pathologies en présence et de définir les meilleures
techniques de traitement voire de nettoyage des façades.
Dans le cadre d'un projet de réhabilitation portant sur un
bâtiment collectif à Marseille, et compte tenu de la
typologie des désordres observés (corrosion d'armatures,
carbonatation des bétons, faïençage des enduits,
salissures de surface...), des préconisations techniques
adaptées au cas par cas aux désordres décrits
ont été émises afin de pérenniser les
travaux à entreprendre (nettoyage des façades, traitement
des fissures, des enduits et des parements).
Le LERM a réalisé
une étude diagnostic concernant l'état d'altération
des façades de bâtiments collectifs, à Marseille,
dans le cadre de leur réhabilitation, afin de préconiser
les solutions de traitement adaptés aux désordres
détectés.
Faire appel à
un laboratoire spécialisé lors de la phase d'étude
d'un programme de travaux est une démarche qui tend à
se développer. La réflexion s'inscrit dans une démarche
de calcul de "coût global", qui, dans le temps,
s'avère être un investissement pour le maître
d'ouvrage. Les dépenses liées aux phases d'études
ne représentent qu'une faible part du budget de travaux et
permettent au maître d'ouvrage de s'assurer de l'efficience
de la réhabilitation. La récurrence des désordres
s'en trouve fortement réduite, se rapprochant ainsi de la
démarche HQE : la caractérisation précise des
pathologies permet d'optimiser le traitement, et ceci de manière
durable.
LE RELEVE DES DESORDRES ET
LES INVESTIGATIONS SUR SITE
L'objectif principal
de cette première étape de l'étude consiste
à réaliser une cartographie complète et précise
des désordres visibles. Elle permet d'obtenir les premiers
éléments de diagnostic, d'implanter les sondages et
de réaliser les prélèvements pour une étude
complémentaire au laboratoire. La présence sur site
permet également de mieux appréhender le contexte
général du bâtiment étudié ainsi
que son environnement.
Les façades
de ces bâtiments sont constituées de moellons de pierre
calcaire et/ou de blocs de bétons agglomérés
recouverts d'un enduit de finition, d'épaisseurs inégales.
La façade
nord est caractérisée par la présence d'une
structure en béton armé en partie basse et d'éléments
préfabriqués (carreaux de béton lavé,
fig 1).
La façade
sud est affectée de désordres correspondant à
une fissuration (fig 3) et une désagrégation des enduits
en surface (fig 4), l'ensemble étant fortement noirci sous
l'effet de la pollution urbaine (fig 2).

fig 3
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fig 4
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L'évaluation
du degré de corrosion [plus d'infos sur la méthode] permet de mettre en évidence sur les
éléments raidisseurs (poteaux) une activité
de corrosion moyenne quasi-généralisée en partie
basse, probablement en relation avec l'humidité au niveau
du sol.
Pour obtenir les
compléments d'informations nécessaires à la
caractérisation des pathologies observées, des prélèvements
d'enduit, mortier, parpaing, pierre calcaire et béton ont
été réalisés pour une série d'essais
en laboratoire.
ETUDE ET ESSAIS EN LABORATOIRE
La profondeur
de carbonatation
d'un béton
est mesurée par aspersion d'une solution de phénolphtaléine
alcoolique, un indicateur coloré de pH, qui permet de différencier
la zone carbonatée (ph<9) incolore, de la zone non carbonatée
(pH>9), qui prend une coloration rose. Le degré d'avancement
de la carbonatation de la matrice cimentaire est directement lié
aux caractéristiques intrinsèques des matériaux
ainsi qu'aux conditions environnementales.
Ce phénomène peut nuire à la durabilité
des matériaux constitutifs de la structure dans la mesure
où ceux-ci englobent des éléments armés.
Ainsi, malgré une profondeur de carbonatation moyenne d'environ
10 mm, les armatures étant situées à 40 mm
de la surface, le front de carbonatation ne représente pas
de risque majeur vis-à-vis de la corrosion.
L'obervation au
microscope optique en lumière réfléchie
de l'enduit de façade et du béton a permis d'identifier
la nature du liant utilisé (ciment de type CEM I).
Le calcul du dosage
en ciment, paramètre important pour déterminer
la qualité des matériaux utilisés (des seuils
minimaux sont fixés par la normalisation en fonction de la
classe d'exploitation de la construction) conclut à une quantité
suffisante pour ces applications.
Compte tenu de l'environnement
du bâtiment (proximité de la mer, pollution atmosphérique,
matériaux à base cimentaire...), les teneurs en
chlorures et en sulfates sont des éléments importants
pour caractériser une pollution éventuelle par ces
composés. Ces éléments exogènes sont
en effet susceptibles de créer des néoformations pouvant
nuire à la durabilité des matériaux. Les résultats
obtenus révèlent que :
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L'ensemble des
matériaux est affecté par une pollution sulfatique |
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Cette pollution
ne concerne globalement que la frange superficielle des matériaux
(notamment des enduits de façade) |
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Le
béton et les enduits présentent des teneurs en
chlorures modérées, inférieures aux seuils
maximum tolérés |
L'examen au MEB
(Microscope
Electronique à Balayage, couplé à l'EDS (analyse
élémentaire par spectrométrie X) a pour
objectif d'observer la nature et l'étendue d'éventuelles
pathologies des matériaux prélevés.
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Enduits de la façade
nord : très carbonatés, une forte pollution au
soufre est mesurée en surface, mais aucun composé
à caractère expansif n'est observé |
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Enduits de la
façade sud : caractéristiques voisines, mais la
matrice cimentaire renferme de l'ettringite massive à
caractère expansif, liée à la présence
importante de soufre (fig 6 et fig 7) |
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Béton et moellons
de pierre : aucune anomalie physico-chimique n'est mise en évidence |
CONCLUSION
Les enduits des façades
étudiées présentent des caractéristiques
communes et des désordres liés à la présence
de structures en maçonneries hétérogènes,
et dans une moindre mesure, à la proximité du milieu
marin et surtout à la pollution urbaine. Les sulfates en
quantité importante, sous la forme d'encroûtements
et dépôts noirs peu esthétiques, participent
à la formation, par réaction chimique avec la matrice
cimentaire des matériaux, de composés sulfatiques
à caractère gonflant.
Le béton, quant à lui, ne présente pas de signe
de dégradation marquée.
A partir de ces résultats
d'analyses et des conclusions du diagnostic, une méthodologie
de traitement des façades a ainsi été établie.
Les préconisations
formulées (traitement des fissures, des enduits, techniques
de nettoyage, choix de produits de traitement...) sont des clés
pour la réalisation de travaux dans de bonnes conditions.
Le maître d'ouvrage met ainsi en oeuvre une démarche
responsable vis-à-vis de son patrimoine immobilier qu'il
souhaite rénover durablement. L'entreprise disposera de toutes
les données pour mettre en avant son savoir-faire... pour
longtemps.
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