Exothermie des réactions d'hydratation
Les réactions
d'hydratation des ciments sont exothermiques, c'est à dire qu'elles s'accompagnent
d'un dégagement de chaleur qui provoque une élévation de
la température du béton qui elle-même accélère
les réactions chimiques d'hydratation ; ces réactions sont dites
thermoactivées. La quantité et la vitesse de dégagement
de la chaleur varient notamment en fonction de la composition minéralogique
et de la finesse du ciment.
La température est également utilisée
dans la préfabrication d'éléments en béton afin d'accélérer
son durcissement et augmenter la cadence de production.
L'exothermie
des réactions d'hydratation est à l'origine du retrait thermique
intervenant aux jeunes âges, pouvant conduire, en l'absence de précautions,
à une fissuration dans le cas du coulage d'éléments massifs.
Par
ailleurs, un échauffement excessif du béton aux très jeunes
âges, que ce soit du fait de l'exothermie naturelle ou d'un traitement thermique,
peut aussi dans certains cas favoriser le développement de la réaction
sulfatique interne et nuire sévèrement à la durabilité
du béton.
Ces deux phénomènes sont succinctement décrits
et illustrés ci-après.
Retrait
thermique
Dans des structures massives, le dégagement
de chaleur induit une élévation de température pouvant être
importante à cur, jusqu'à 70°C voire plus. En effet, la
dissipation de la chaleur dégagée est relativement lente à
cause de la faible conductivité thermique du béton (de l'ordre de
2 W/m/K), alors que la peau du béton en contact avec l'atmosphère
se refroidit plus rapidement.
Des gradients thermiques apparaissent alors et
sont à l'origine de retraits thermiques différentiels qui génèrent
des contraintes internes importantes. Le retrait du béton de peau, gêné
par le béton à cur comprimé, induit des contraintes
de traction pouvant dépasser largement la résistance à la
traction. Pour une différence de température de 20 °C, et
en considérant un coefficient de dilatation thermique moyen du béton
égal à 10-5 °C-1, la déformation
thermique est égale à 2 10-4. Cette valeur correspond
approximativement à la déformation limite du béton en traction.
Or, selon plusieurs mesures en laboratoire et sur chantiers, il est très
courant d'observer une élévation de température de l'ordre
de 40°C par rapport à la température ambiante à cur
d'éléments massifs.
Par conséquent,
des fissures de retrait empêché et/ou une microfissuration de peau
peuvent se créer à partir d'un écart de température
de plus de 20°C entre la surface et le cur d'un élément
(Fig. 1 et 2).
La
réalisation de pièces massives en béton exige donc des précautions
afin d'éviter ou de limiter le développement d'une telle fissuration.
Au niveau de la formulation du béton, le principal paramètre sur
lequel il faut agir est le type de ciment, mais également son dosage (limité),
en utilisant un ciment à très faible chaleur d'hydratation (VLH)
spécifié par la norme NF EN 14216, délivrant moins de 250
J/g, ou des ciments contenant des additions minérales.
Le choix d'une
formulation appropriée doit être associé à d'autres
mesures permettant de minimiser le pic de température à cur
du béton (refroidissement des constituants
) et/ou permettant de réduire
les gradients thermiques en phase de refroidissement (maintien plus longtemps
des coffrages lorsqu'ils sont isolants
).
Réaction
sulfatique interne (RSI)
Il s'agit d'une réaction
qui peut se produire dans le béton durci sans apport externe en sulfates.
Cette pathologie relativement récente a été mise en évidence
sur des éléments en bétons dont la température aux
jeunes âges a dépassé une valeur seuil fixée généralement
à environ 65°C, soit au cours d'un cycle thermique de préfabrication,
ou par l'effet de l'exothermie des réactions d'hydratation dans le cas
des pièces massives en béton.
Dans le
cas de l'utilisation d'une formule de béton inadaptée et après
quelques années d'exposition à un environnement humide, apparaissent
des désordres dont les symptômes sont similaires à ceux de
l'alcali-réaction (fissurations et gonflement).Ces désordres sont
liés à la formation d'ettringite différée. L'ettringite
peut être instable à des températures de l'ordre de 65°C-70°C
auxquelles elle peut soit ne pas se former, ou se décomposer. Une part
des ions SO42- résultant de la décomposition
de l'ettringite est incluse dans les C-S-H. Lorsque le béton revient à
la température ambiante, et en présence d'une humidité suffisante,
l'ettringite se reforme dans la pâte de ciment durcie en milieu confiné
où elle engendre des pressions de cristallisation à l'origine du
gonflement de la pâte de ciment et à sa fissuration. Les figures
suivantes 3 à 5 présentent des images
MEB d'un béton atteint par la RSI à un stade très avancé.
Il
existe aujourd'hui des recommandations
pour prévenir cette pathologie. Ces recommandations consistent en des dispositions
liées à la conception et au dimensionnement des ouvrages, à
la température maximale, ainsi qu'à la formulation du béton
(ciment à faible teneur en SO3, en C3A et en alcalins).
Il existe également un essai de performance
permettant de qualifier la réactivité d'une formule de béton
vis-à-vis de la RSI . De même, une
démarche générale de diagnostic et les essais principaux
sont décrits dans l'ouvrage GranDuBé.
| Notes |
Recommandations
pour la prévention des désordres dus à la réaction
sulfatique interne (Guide technique LCPC) |
| |
Méthode
d'essai LPC n°66 : Réactivité d'un béton vis-à-vis
d'une réaction sulfatique interne |
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GranDuBé:
Grandeurs Associées à la Durabilité des Bétons, Chapitre
Réactions endogènes, Démarche diagnostique relative aux dégradations
dues aux attaques sulfatiques et à l'alcali-réaction | |

Fig.
1 : Fissure thermique d'une pile massive

Fig.
2 : Microfissuration en peau d'une pièce massive en béton soumis
à un gradient thermique
Vue au microscope optique (éclairage
UV) sur échantillon poli imprégné
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