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Le LERM : dossier technique

Eau agressive et liants hydrauliques

 

 

Sommaire
Equilibre carbonique, eau entartrante, eau agressive
Action de l'acide carbonique
La dégradation des ciments et des bétons par les eaux agressives
Précautions à prendre pour la durabilité des bétons

Les grottes, les concrétions, les avens des paysages calcaires nous sont familiers. La dissolution, le transport et la précipitation de la calcite, dont le volume peut être considérable, sont liés à l'action du l'acide carbonique, H2CO3, qui peut être considéré comme la solution aqueuse du CO2. Ces phénomènes intéressent les géologues et les spéléologues… Mais le ciment et le béton sont des matériaux qui, comme le calcaire, contiennent du calcium ; ils sont donc, eux aussi, sensibles aux eaux chargées en CO2 et c'est à ce titre que le LERM s'intéresse aux eaux agressives.

Origine du CO2 des eaux naturelles
L'eau couvre environ 70 % de la surface terrestre. Sa surface de contact avec les autres phases en présence : gazeuse (atmosphère) et solide (roches) est donc extrêmement étendue.

Comme l'eau est un excellent solvant, la chimie des eaux est donc régie par les échanges de matière sur ces deux interfaces. Ces échanges sont conditionnés par les compositions chimiques des milieux en contact, mais aussi par les deux paramètres externes que sont la température et la pression.

En dehors de l'origine magmatique, le CO2 peut être d'origine profonde : il est produit par métamorphisme des formations carbonatées, notamment à la périphérie des zones volcaniques.
Les dégagements gazeux peuvent remonter directement en surface ou être piégés dans des couches intermédiaires (charbon) ou des aquifères captifs calcaires.
Le CO2 peut être également d'origine biogénique : l'activité biologique de la faune et de la flore peut localement amener à une concentration en dioxyde de carbone de certaines eaux qui est bien supérieure aux valeurs tirées de la loi de Henry (1). On peut mesurer jusqu'à 100 mg de CO2 par litre d'eau, alors qu'à l'état d'équilibre avec l'atmosphère, on mesure des concentrations de 0,5 à 1 mg par litre.

Le CO2 n'est pas toujours agressif. Tout dépend des conditions d'équilibre du système eau-CO2-carbonate de calcium.

Equilibre calco-carbonique, eau entartrante (ou incrustante), eau agressive
Tillmans a montré qu'il existe un pH dit pH de saturation, noté (pHs), et un pH d'équilibre au-delà duquel une précipitation des ions calcium et bicarbonate sous forme de carbonate de calcium sera observée. A partir de pH et pHs on peut construire l'indice dit de Langelier (IL) :

IL = pH-pHs
si
IL > 0 l'eau est entartrante ou inscrustante
IL < 0 : eau est agressive
IL = 0 : eau est à l'équilibre

Action de l'acide carbonique
Le CO2 existe dans l'eau sous différents états :

CO2 totalCO2 libre
CO2 semi-lié chimiquement : Ca (HCO3) soluble
CO2 lié chimiquement CaCO3 insoluble

 

La réaction d'équilibre de ces composants s'écrit :

(A)

(1) Si le CO2 libre est en défaut par rapport à CaCO3 le déplacement de l'équilibre s'effectue dans le sens de la précipitation de CaCO3
(2) Si le CO2 libre est en excès par rapport à CaCO3
 1 déplacement de l'équilibre s'effectue dans le sens de la formation de Ca(HCO3)2 soluble
  2 attaque de Ca(OH)2 du ciment : CO2+H2O+Ca(OH2) ----> CaCO3+2H2O

Tout le CO2 libre n'est donc pas agressif : (A) montre que CO2 peut être équilibrant ; le CO2 libre équilibrant est la fraction de CO2 dissous juste nécessaire pour qu'il n'y ait ni dissolution ni précipitation de carbonate de calcium… Mais s'il est en excès par rapport au CO2 équilibrant, cette fraction est alors agressive.

La dégradation des ciments et des bétons par les eaux agressives
Dans le ciment, les agrégats sont solidarisés par des mélanges complexes de silicates de calcium et d'aluminium et de chaux Ca(OH)2 . De tous les constituants hydratés du ciment, la chaux est le plus soluble. Les éléments agressifs la dissolvent et entraînent ainsi l'augmentation de la porosité du béton et la corrosion des armatures métalliques sous-jacentes.
Les eaux douces, caractérisées par un excès de CO2 libre, solubilisent donc la chaux et transforment les silicates de calcium hydratés en silicates plus pauvres en oxyde de calcium jusqu'à obtention d'un gel sans pouvoir liant. La vitesse de la dégradation augmente avec le temps car la porosité du béton s'accroît.
Inversement, les eaux incrustantes ont tendance à former, au contact du ciment basique, un dépôt de carbonate de calcium dans les pores du matériau.

Ces phénomènes de dissolution peuvent être pévenus par l'usage de ciments à composition adaptée et par des mesures de protection dont la première est une bonne compacité.

Précautions à prendre pour la durabilité des bétons
L'exposition des ciments aux environnements agressifs a fait l'objet d'une réflexion normative. Le fascicule de documentation P 18-011 (bétons : classification des Environnements agressifs ; juin 1992) fournit des recommandations complémentaires aux exigences de la norme NF EN 206-1 pour les bétons soumis à des environnements chimiques agressifs. Il recommande en particulier des mesures préventives pour la formulation des bétons (type de ciment, dosage minimal en ciment, valeur maximale du rapport E/C) afin d'assurer leur durabilité.

Ce fascicule définit des mesures de protection pour les ouvrages en fonction des conditions environnementales agressives auxquelles ils sont soumis. Ces mesures sont rassemblées dans le tableau suivant :

Environnement
Symbole
Mesures de protection
Niveau de protection
Faiblement agressif
A1
Pas de mesures particulières. Le béton fabriqué suivant les règles de l'art doit être compact par ses qualités intrinsèques.
1
Moyennement agressif
A2
Adaptation de la composition et de la mise en oe;uvre aux conditions du milieu (dosage en ciment, catégorie de ciment, E/C, cure, adjuvants).
2
Fortement agressif
A3
Adaptation de la composition et de la mise en oeuvre aux conditions du milieu avec action spécifique sur la nature et le dosage en ciment, le rapport E/C.
3
Très fortement agressif
A4
Nécessité d'une protection externe (enduits, peintures) ou interne (imprégnation).
4


Le fascicule P 18-011 précise aussi la nature des ciments recommandés en fonction de l'agressivité de l'environnement :

Niveau d'agressivité de l'environnement

Faiblement agressif
A1

Moyennement agressif
A2
Fortement agressif
A3
Très fortement agressif
A4
Dosage minimal en ciment (kg/m3)    
E/C 
>=0,55
>=0,50
>=0,50
Type de ciment si le milieu contient des sulfates 

CEM I / PM
CEM II / PM
CEM III / A et B
CEM IV / C

CEM V / A et B

CEM I
avec C3A >= 5%
Certains CEM II / A et B
avec C3A >=5 %
CEM III / A et B
CEM III C

Ciments alumineux
Idem A3
+ protection supplémentaire
Type de ciment si milieux acides

CEM I
Teneur réduite
en C3A et C3S

certains CEM II

CEM I

Teneur réduite en C3A et C3S certains CEM II, CEM V CEM III / A, B et C

CEM I

Teneur réduite en C3A et C3S certains CEM II, CEM V CEM III / A, B et C
Idem A3
+ protection supplémentaire

Tableau extrait de la norme P 18-011 adapté avec la désignation des ciments de la norme NF EN 197-1
(Ciment - Partie 1 : composition, spécifications et critères de conformité des ciments courants, fév.01)

Les ciments CEM II recommandés sont avec ajouts de laitiers et cendres volantes. Ces ciments résistent mieux aux eaux agressives car ils sont plus riches en alumine et globalement moins riches en calcium. Sur la composition des ciments au laitier voir, aussi notre article sur les ajouts.

Notes

(1) Loi de Henry : à température constante et à saturation, la quantité de gaz dissous dans un liquide est proportionnelle à la pression partielle qu'exerce ce gaz sur le liquide.

Concentration (en mg par litre) en oxygene et azote et dioxyde de carbone dans l'eau à différentes températures, en équilibre avec l'atmospère à 1 bar
Température de l'eau en °C

0

10
15
20
25
Oxygène
13,9
10,8
9,7
8,8
8,1
Azote
23,5
18,6
16,8
15,4
14,3
Dioxyde de carbone
1,06
0,7

0,59

0,53
-


 

 

 

 

 


Le cours souterrain de l'Huveaune
et ses draperies de calcite

 

 


Travertins des sources de l'Huveaune

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Calcite transportée par l'eau et précipitée en phase de dégazage de CO2