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Le LERM : dossier technique

La carbonatation du béton

 

Sommaire

Qu'est-ce que la carbonatation ?

Les conséquences de la carbonatation
La mesure de la carbonatation
Comment s'en prémunir et comment la prévoir ?

 

Qu'est-ce que la carbonatation ?
La carbonatation relève d'un phénomène de vieillissement naturel des matériaux à base de liant minéral qui conduit à la formation de carbonates de calcium par réaction entre les composés des ciments (principalement la portlandite) et le dioxyde de carbone atmosphérique (CO2), présent dans l'air à un taux moyen de 0,03 % en volume. Ce taux est plus important en milieu urbain qu'en milieu rural.
Cette réaction entraîne la consommation de bases alcalines présentes dans la solution interstitielle des bétons aboutissant à une diminution du pH qui passe d'une valeur de 13 à une valeur inférieure à 9.

D'un point de vue chimique cette réaction se présente ainsi :


CO2 + Ca(OH)2 ---------H2O + bases alcalines-------> CaCO3 + H2O

La cinétique de carbonatation de la pâte de ciment des bétons, qui évolue suivant une fonction en racine carrée du temps, est dépendante de l'humidité relative. Elle est maximale pour une humidité. relative comprise entre 60 et 80 %. Au-delà de 80 %, la cinétique diminue rapidement pour atteindre des valeurs extrêmement faibles lorsque les pores sont saturés d'eau, sachant que la diffusion duCO2 dans l'eau est dix mille fois plus faible que dans l'air.
A l'opposé, si un béton est placé. dans un environnement très sec, la quantité d'eau présente dans les pores est insuffisante pour dissoudre le dioxyde de carbone. La cinétique de carbonatation est donc faible à très faible lorsqu'un béton est immergé ou lorsqu'il est placé dans un environnement très sec.

La vitesse de carbonatation obéit à un processus de diffusion du CO2 atmosphérique à travers la couche de carbonates formée. Elle suit donc une loi linéaire en fonction de la racine carrée du temps :


Profondeur de carbonatation =


Le coefficient dépend des paramètres de formulation du béton et de ses conditions d'exposition (humidité, température…). De nombreuses lois empiriques ont été proposées pour fixer une valeur de ce coefficient en fonction des conditions d'exposition. Ces lois simples permettent d'établir une prévision approximative d'évolution du phénomène dans le temps.


Les conséquences de la carbonatation
La principale conséquence de la carbonatation est l'amorce d'un phénomène de corrosion des armatures du béton armé ou précontraint lorsque le front de carbonatation est au moins égal à leur profondeur d'enrobage. Les désordres associés correspondent alors pour l'essentiel à des fissures et à des épaufrures (expulsion du béton d'enrobage) consécutives aux gonflements provoqués par la formation d'oxydes et hydroxydes de fer sur les armatures. Ces dernières peuvent alors montrer des diminutions de section importantes ou, au stade ultime, des ruptures ayant des conséquences graves sur la capacité portante des éléments de structure.
Une conséquence secondaire du phénomène de carbonatation correspond à une densification de la zone carbonatée par rapport au béton sain. Cette densification, qui ne revêt aucun caractère pathologique, peut, dans certaines conditions, conduire à une diminution relative de 10 à 15 % de la porosité de la zone carbonatée, formant ainsi une barrière diffusionnelle limitant les phénomènes de transfert.

La mesure de la carbonatation
La technique la plus simple à mettre en œuvre pour mesurer la profondeur de carbonatation des bétons correspond au test à la phénolphtaléine réalisé sur des fractures fraiches de béton. La phénolphtaléine est un indicateur de pH coloré dont le virage se situe aux alentours de 9. Cela permet de différencier la zone carbonatée (pH < 9) qui reste incolore, de la zone non carbonatée (pH > 9 et allant jusqu' à 13) colorée en violet. Cet essai doit être effectué à l'échelle d'un ouvrage, sur un nombre de points de mesure représentatifs en tenant compte des conditions locales d'exposition et de l'hétérogénéité possible du matériau. Ce test permet une mesure fiable et rapide de la profondeur de carbonatation dans le cadre de diagnostic d'ouvrages. Sur le suivi de la carbonatation par méthode isotopique, voir notre entretien avec N. Rafaï


Mise en évidence de la carbonatation de la matrice cimentaire des échantillons de béton des poutres de la structure porteuse
1 = zone carbonatée (incolore) ; 2 = zone non carbonatée (coloration rose)


Il existe d'autres techniques de mesure de la profondeur de carbonatation, plus précises, mais plus lourdes à mettre en oeuvre. A l'exemple de la microscopie optique sur lames minces, de la méthode isotopique ou encore de la microscopie électronique à balayage.

Comment s'en prémunir et comment la prévoir ?
Pour des conditions d'exposition données, la cinétique de carbonatation d'un béton est en relation avec sa porosité, et par conséquent avec ses caractéristiques mécaniques, puisque ces deux paramètres sont étroitement liés. Ainsi, pour des bétons présentant des résistances à la compression supérieures ou égales à 50 MPa à 28 jours, comme notamment les BHP, la cinétique de carbonatation est très faible.
Dans cette optique, la norme européenne EN 206-1 fixe des paramètres de formulations (dosages en liant équivalent et en additions minérales, rapport Eau efficace/Liant équivalent) et une classe de résistance minimale, pour qu'un béton se comporte de façon durable vis-à-vis de la corrosion des armatures initiée par la carbonatation du béton d'enrobage. Cette norme définit quatre classes d'exposition notée XC1 à XC4, dont l'agressivité est fonction de l'humidité et de l'existence de cycles d'humidification/séchage.

Il existe aussi un essai dit de " carbonatation accéléré ", qui permet de caractériser le comportement d'une formulation de béton vis-à-vis de ce phénomène naturel. Cet essai a été mis au point dans le cadre du groupe de travail AFPC-AFREM1 - Durabilité des bétons - " Méthodes recommandées pour la mesure des grandeurs associées à la durabilité ".

Sur la cinétique de carbonatation, on peut aussi se référer à l'entretien avec N. Rafaï sur la méthode d'analyse isotopique.


 

 

 

 

 

 

 


Microscopie Electronique à Balayage
Matrice marquée par un phénomène de carbonatation

 


Fissure consécutive à la corrosion des armatures

 


Epaufrure laissant apparaître les armatures corrodées