Etude préalable au traitement des parements
extérieurs en béton armé de la Cité Radieuse « Le
Corbusier » à Marseille
Avec le concours de François
Martin, ingénieur au LERM.
Objet
de l'étude
Le LERM a été
chargé en novembre 2000 de réaliser une étude préalable
au traitement des parements extérieurs en béton armé de la
Cité Radieuse « Le Corbusier » à Marseille.
Cette étude avait pour but, outre la caractérisation des matériaux
en place, d'identifier et de quantifier les pathologies en présence (carbonatation,
pénétration de chlorures et/ou de sulfates), afin de proposer des
protocoles de traitements et de réparations adaptés.
Présentation
de l'ouvrage
L'immeuble Le Corbusier, situé
à Marseille et appelé Cité Radieuse, a été
édifié entre 1947 et 1951. Cet ensemble d'habitation est caractérisé
par la présence d'un hôtel, d'une rue intérieure bordée
de magasins et de bureaux, d'une école maternelle, d'un toit terrasse sur
lequel se trouve un bassin pour enfants ainsi que d'un terrain de jeux. Cet immeuble,
construit en béton armé (55 000 tonnes) et reposant sur 34 pilotis
en béton banché « creux », compte au total
337 appartements du type « appartement-villa » sous forme
de duplex. Chaque appartement possède sa propre terrasse.
L'immeuble,
constitué de quatre façades orientées Nord, Est, Sud et Ouest,
est caractérisé par la présence d'un mur « aveugle »
sans ouverture au niveau de la façade Nord : aucun appartement ne
donne sur ce côté. Par ailleurs, l'ensemble des appartements sont
orientés Ouest-Est et se caractérisent par la présence d'ouvertures
(balcon) donnant sur les deux façades. Les
pathologies rencontrées lors de l'investigation
sur site
Le béton de ce bâtiment
est caractérisé par la présence de nombreuses pathologies
de faible gravité localisées sur la structure porteuse (pilotis,
poutre et plancher bas du 1er étage) ainsi que sur les façades Ouest,
Est et Sud (au niveau des ouvertures des appartements : garde-corps, balcon,
larmier, pare-soleil). Ces désordres correspondaient essentiellement à
des fissures, à des zones de gonflement du béton et à des
épaufrures accompagnées de la mise à nu des armatures.
Par ailleurs, en ce qui concerne les poutres, les pilotis et le plancher bas,
le maillage métallique était apparent ce qui traduisait un enrobage
des armatures vraisemblablement faible.
De nombreuses zones réparées
ont été observées au niveau des pilotis (ragréage
à l'aide d'un mortier) ainsi qu'au niveau des terrasses des appartements
(purge du béton et application d'un produit passivant de couleur grise
ou jaune). Enfin, la façade Nord, constituée d'un mur aveugle correspondant
à un plaquage en graviers lavés, ne présente aucun désordre
apparent.
En ce qui concerne la corrosion des armatures, aucune exposition
ne semblait privilégiée et, globalement, les valeurs les plus élevées
ont été mesurées dans les zones les plus dégradées
visuellement. Au niveau des pilotis, l'activité de la corrosion semblait
plus importante près du sol. Les poutres de la structure porteuse basse
présentaient, elles, une activité de corrosion modérée
sauf dans les zones fortement fissurées. En hauteur, au niveau des éléments
préfabriqués des balcons, la corrosion semblait très active.
Certaines valeurs, faibles dans l'absolu, pouvaient être mises en relation
avec l'application d'un traitement de passivation, largement visible sur l'ensemble
du bâtiment. Les échantillons prélevés par carottage
sous eau proviennent de chacune des zones caractéristiques du site, à
savoir : les façades Est, Nord, Ouest et Sud (ouvertures d'appartements :
nez de balcon, larmier, garde-corps, pare-soleil), la structure porteuse (pilotis
et poutres) et le plancher bas du 1er étage (dalle et voile).
Des
prélèvements d'échantillons ont été effectués
en divers points de l'édifice :
| Structure
porteuse : pilotis et poutres | | Zone
technique : plancher bas et voile | | Nez
de balcon et/ou larmier et garde-corps des façades Ouest, Est et Sud |
| Revêtement
façade Nord |
Essais
en laboratoire
Conformément au programme préétabli,
les essais réalisés ont été les suivants :
Résultats
des essais réalisés en laboratoire
Examens
macroscopiques des échantillons et estimation de la profondeur de la carbonatation Deux
types de béton ont été mis en évidence dans les échantillons
prélevés. L'un est constitué d'une pâte de ciment de
couleur claire, microporeuse et d'un mélange granulaire plutôt fin,
sub-anguleux et de nature calcaire. L'autre, relativement compact, englobe un
mélange granulaire identique au béton précédent mais
dont la granulométrie semble plus grossière. Le premier, situé
en surface de certains échantillons, est observé dans le cas d'éprouvettes
prélevées au niveau des appartements. Le béton de la structure
porteuse (pilotis, poutres et plancher bas du 1er étage) est exclusivement
fabriqué avec le deuxième ciment.
Les mesures
de carbonatation, réalisées par test à la phénolphtaléine,
montrent les points suivants : | la
moyenne de l'épaisseur de béton carbonaté est de 30 mm pour
l'ensemble du bâtiment, les zones les plus touchées correspondent
aux façades (Est, Nord, Ouest et Sud) ainsi qu'au niveau du plancher bas
du 1er étage. Dans ces zones, le front de carbonatation atteint en moyenne
40 mm et peut aller jusqu'à 130 mm dans le cas d'un garde-corps d'un balcon
en façade Ouest, | | dans
le cas des pilotis et des poutres, le front de carbonatation est de l'ordre de
15 à 20 mm | Enfin,
les carottages réalisés ont fréquemment recoupé des
armatures métalliques. Ces armatures, au vu des profondeurs de carbonatation
mises en évidence, étaient localement atteintes, voire dépassées,
par le front de carbonatation et présentaient alors des signes nets de
corrosion.
Conclusion
: inhibiteurs de corrosion et réalcalinisation
Au vu des essais et analyses réalisés,
il apparaissait que les bétons constitutifs de la structure de la Cité
Radieuse présentaient des désordres de faible ampleur étendus
sur l'ensemble du bâtiment, hormis la façade Nord.
Ces désordres
semblaient essentiellement en relation avec la carbonatation relativement conséquente
de la matrice cimentaire (30 mm en moyenne) et le faible enrobage des armatures
métalliques. En effet, le front de carbonatation atteignait et dépassait
fréquemment l'épaisseur d'enrobage des fers, provoquant consécutivement
à la baisse du pH induite, une dépassivation des armatures et donc
le démarrage de leur corrosion. Une production consécutive d'oxydes
métalliques gonflants était responsable du foisonnement des armatures
et donc de l'éclatement du béton lorsque l'épaisseur d'enrobage
était mince.
Ces phénomènes étaient favorisés
par la nature même des bétons en place (formulation avec un ciment
de type CPA CEM I, porosité plutôt élevée, présence
de nids de cailloux).
Les effets
de cette carbonatation, dont l'étendue était intrinsèquement
liée aux caractéristiques initiales du béton (forte porosité,
ciment de type CPA dont l'hydratation est accompagnée par une cristallisation
importante de chaux ou portlandite) mais aussi à son âge (50 ans
de durée d'exposition),étaient accentués par la conception
même du bâtiment.
En effet,
le système constructif par voiles minces apparents (cloisons et planchers)
jusqu'aux loggias (refends et larmiers) mais aussi d'éléments préfabriqués
peu épais (garde corps) autorise une carbonatation par les deux faces opposées,
pouvant ainsi atteindre dans le cas des garde corps le coeur du béton.
Ces garde corps peuvent donc être totalement carbonatés, avec pour
corollaire une dépassivation totale de leurs armatures : leur fixation,
selon nous,devait donc faire l'objet de vérifications complémentaires.
Il ressortait de ces constatations que la définition
de travaux destinés à enrayer de façon durable la corrosion
des armatures des différentes parties du bâtiment devait prendre
en compte les critères suivants :
| carbonatation
importante du béton, entre 10 et 45 mm de profondeur, | | teneur
limitée en ions sulfates et chlorures, globalement en deçà
des seuils limites actuels, | | béton
poreux (18 à 24 %) et faible enrobage des armatures. | Dans
ces conditions, deux choix techniques distincts ont été retenus
en concertation avec l'Architecte en chef de Monuments historique (M. Botton)
:
- l'application de produits dits inhibiteurs
de corrosion à base minérale, sur les garde-corps, larmiers,
cloisons, refends et sous-face de plancher technique (sol artificiel) : il s'agit
de solutions aqueuses appliquées par imprégnation directe sur le
béton, destinées à migrer ensuite dans la masse du béton
jusqu'aux armatures. Le principe de fonctionnement est l'obtention d'une concentration
minimale du produit au niveau des armatures afin d'inhiber les réactions
de corrosion.
- mise en oeuvre d'un procédé
dit de réalcalinisation sur les pilotis, qui tend à augmenter
le pH du béton (par augmentation de la concentration en ions OH-) autour
des armatures par mise en oeuvre d'un électrolyte dans une pâte appliquée
en surface du béton (recouvrant une grille métallique jouant le
rôle d'anode).

Vue
de la terrasse
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Cité Radieuse - Les pilotis

La façade Est
Une partie de la terrase

Corrosion des armatures suite
à la carbonatattion
du béton d'un pilotis

Présence d'un produit de traitement
de la corrosion (produit jaune)
balcon de l'école maternelle

Mesure de la profondeur de carbonatation par test
à la phénolphtaléïne
zone carbonatée (incolore)
- zone non carbonatée (coloration rose)

Traitement électrochimique d'un pilotis
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