Gare Saint Lazare : Diagnostic structure pour le projet "Demain
Saint-Lazare"
Le LERM a réalisé
le diagnostic de la structure de la "Salle des pas perdus"
de la gare Saint-Lazare, dans le cadre de la réhabilitation
de l'édifice (projet "Demain Saint-Lazare"). La
mission a consisté, à l'aide d'auscultations non destructives
sur l'ouvrage, à venir caractériser les structures
en place (nature et état des maçonneries) avant les
travaux de rénovation.
UNE GARE HISTORIQUE
Tout
commença par un éclat de rire lorsqu'on apprit à
Paris, à la suite d'une loi votée au mois de juillet
1835, qu'un chemin de fer destiné, non à du minerai,
mais à des voyageurs, allait joindre la place de l'Europe
à Saint-Germain. Sans doute le projet fût-il bientôt
quelque peu réduit et l'on annonça que l'arrivée
aurait seulement lieu au Pecq, car la locomotive ne pourrait certainement
pas atteindre le haut de Saint-Germain. Par ailleurs, on affirmait
que la colline de Monceau se présentait comme un obstacle
infranchissable.
Au mois d'août 1837, tout était prêt, les voies,
les souterrains, les ponts et les gares; il ne restait plus qu'à
trouver des voyageurs. Les administrateurs, afin d'entraîner
le public, demandèrent au roi d'inaugurer le nouveau chemin
de fer. Les ministres consultés estimèrent que le
chef de l'Etat se devait au royaume et ne pouvait courir un tel
danger. Ce fut la reine Marie-Amélie et ses filles qui, le
28 août, se dévouèrent
L'embryon de gare place de l'Europe au départ de cette expédition
deviendra, après de nombreuses modifications et extensions,
la gare Saint-Lazare (la gare prend une forme très proche
de celle que nous connaissons 1930).
Depuis sa création,
la gare n'a cessé d'évoluer pour répondre à
l'accroissement constant du nombre des usagers (environ 120 millions
de voyageurs par an).
Aujourd'hui l'édifice est à la veille d'une nouvelle
transformation permettant le bon fonctionnement du service, notamment
avec l'arrivée des voyageurs d'EOLE et du METEOR. Ainsi,
ce projet diligenté par la SNCF (agence DSL : Demain Saint
Lazare), vise à fluidifier la circulation du public à
travers les différents niveaux de la gare, ainsi qu'à
créer un parc souterrain de stationnement.
L'implantation du projet nommé " cur de gare ",
concerne tout particulièrement la "Salle des pas perdus
" et les bâtiments l'entourant. En effet, cette salle,
située au niveau des quais et en communication directe avec
eux, se situe au dessus d'une galerie marchande directement accessible
de la rue, qui elle-même surplombe les galeries du métro
et RER.
UN
PROJET DE REHABILITATION LOURDE POUR UN SITE COMPLEXE
La salle des pas
perdus dont les premiers éléments datent de 1867,
est un des sites les plus remarquables de la gare : " cette
galerie, qui se développe sur une longueur de 188m, avec
une largeur de 18m50, est certainement une des salles les plus grandioses
de Paris, après la grande galerie des machines de l'exposition
universelle, bien entendu. " (M.P. Lefevre, revue générale
des chemins de fer, 1889). En effet, cette galerie est éclairée
par une verrière, supportée par des fermes type Polonceau
d'une légèreté architecturale remarquable.
Les bâtiments de pierre et brique construits à partir
de 1886, autour de la Salle des pas perdus sont relativement importants
et peuvent atteindre 6 niveaux.
Le projet " Cur de Gare " dont la maîtrise
d'uvre est assurée par la société SOAVAL
(représentée par SPIE Batignolles), prévoit
la démolition des dalles sous la Salle des pas perdus pour
permettre un accès facilité aux galeries marchandes,
au métro et au RER, ainsi que la construction sous le niveau
du métro de deux niveaux de parking.
Les travaux prévus
modifieront considérablement les structures actuelles, notamment
:
 |
Les 4 premiers niveaux (métro, rue, quai
et 1er étage) |
 |
Les charpentes de la salle des pas perdus |
Le LERM a ainsi été mandaté par SOAVAL pour
la Direction SNCF de Paris Saint Lazare, afin de réaliser
la reconnaissance de l'existant avant la phase travaux : le diagnostic
des structures du bâti existant dans le cadre du projet "Coeur
de Gare".
OJECTIFS
Le but de cette étude
était d'identifier et de caractériser
les stuctures des constructions situées dans le périmètre
du projet, afin de vérifier la nature et l'état de
conservation des éléments de maçonnerie (pierres,
mortiers de jointoiement, béton, brique, bois, métal)
afin de fournir tous les éléments nécessaires
à la bonne réalisation des travaux de rénovation.
Un programme de reconnaissance de structures précisant les
éléments à ausculter (planchers, dallages,
piles, poteaux, murs...) et le type d'auscultation a donc été
élaboré.
CONTRAINTES
La gare Saint-Lazare
est un lieu de trafic et d'activité d'exploitation extrêmement
important. A ce titre, le programme d'investigations a été
adapté en fonction des contraintes d'accès à
certains sites (central d'exploitation, bureaux, locaux techniques,
commerces, zones de passages voyageurs...) et, afin de limiter les
nuisances au public, les méthodes de reconnaissances non
destructives ont été privilégiées.
INVESTIGATIONS NON DESTRUCTIVES
 |
Examen visuel : relevé et cartographie
des altérations visibles |
 |
Reconnaissance du bâti :
radar et pachométrie |
Ces auscultations ont permis de localiser les fers en place, de
mettre en évidence la présence éventuelle d'hétérogénéités
à coeur des maçonneries et d'identifier les différentes
structures (types de maçonneries, de profilés métalliques...).
Ces techniques ont
été très utiles pour réaliser des sondages
de contrôle et localiser les points de prélèvements
(notamment pour éviter le sectionnement de fers), réalisés
par carottage. Ces échantillons ont ensuite été
destinés au laboratoire pour la réalisation d'essais
complémentaires.
Par ailleurs, la reconnaissance des arbalétriers et panes
bois ainsi que les tirants métalliques de la charpente ont
été réalisés en non destructif, notamment
grâce à l'application de la technique des répliques
appliqué aux fers anciens proposée par le Laboratoire
FORTEX
Pour cette étude
sur site, 3 types de reconnaissances ont été menées,
en fonction des travaux de rénovation prévus :
 |
Reconnaissances de type 1 : elles concernent
les structures laissées en place, mais dont les charges
sont à prendre en considération dans le dimensionnement
des structures nouvelles.
|
 |
Reconnaissances de type 2 : elles concernent
les structures vouées à la démolition
et dont les caractéristiques sont recherchées
pour évaluer la difficulté de l'évacuation
des matériaux.
|
 |
Reconnaissance de type 3 : elles concernent
les structures directement concernées par les modifications
induites par le projet. Cette reconnaissance est plus précise
que les précédentes en ce sens qu'elle s'attache,
en plus de la mise en évidence de la constitution
de principe, à qualifier les matériaux en
place, à la fois en caractéristiques mécaniques
et en caractéristiques géométriques.
Une attention particulière est portée à
leur état de conservation.
|
LES ANALYSES EN LABORATOIRE
Les différentes
auscultations non destructives réalisées sur site
ont été étayées par des analyses en
laboratoire sur les différents matériaux rencontrés.
Ainsi les " cartes d'identité " d'une quinzaine
de matériaux, pour une grande partie datant du siècle
dernier, ont été réalisées. La diversité
de ces matériaux (mortiers, briques, pierres, bétons)
témoignent des nombreuses modifications de l'édifice.
Leurs caractérisations ont permis d'alimenter les hypothèses
de calcul (résistance, descente de charge
), ainsi que
de détecter les éventuelles pathologies les affectant
(problèmes de sels, corrosion
).
Il est important de souligner que ces caractérisations, corrélées
aux signaux issus des essais radar, ont permis de vérifier
la mise en uvre de certains matériaux sans réaliser
d'ouverture et de choisir judicieusement, et sans entraver le bon
fonctionnement des locaux, les zones d'auscultation destructives.
La caractérisation de certains matériaux (charpentes
en bois et tirants métalliques) et les calculs de la capacité
portante des éléments structuraux ont été
faits avec le concours du CTBA, de FORTEX et de SCOP TEC.CO.
CONCLUSION
Au total, plus de
600 points d'auscultations de structures ainsi qu'une cinquantaine
de prélèvements et analyses sur site ont été
réalisés, sans la moindre gêne pour les usagers.
Cette auscultation à la fois colossale et discrète
est le fruit d'une collaboration étroite entre les différents
acteurs : sur le plan organisationnel, avec l'intervention de la
maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'uvre, qui
ont tout mis tout en uvre pour faciliter au maximum les interventions,
et sur le plan technique, où les interventions de plusieurs
spécialistes dans des domaines pointus (de l'analyse des
sels par DRX, à l'estimation de la résistance d'un
tirant en fer ancien par la méthode non destructive des répliques)
ont pu être synthétisées grâce à
un travail conjoint et particulièrement enrichissant.
|
|